Patrimoine

A Genève, le sauvetage du cinéma Plaza échoue

Rue Chantepoulet, la démolition du célèbre cinéma de l’architecte Marc-Joseph Saugey a commencé mercredi. Un crève-cœur pour ses défenseurs, qui ne s’avouent toutefois pas vaincus

«Situation actuelle devant le cinéma Plaza. Mépris de la démocratie, lâcheté incommensurable, arrogance impardonnable.» Le metteur en scène et acteur genevois José Lillo, également président de l’Association pour la sauvegarde du Plaza, ne cache pas sa déception face au début des travaux de démolition, rue de Chantepoulet à Genève. Les premiers ouvriers sont arrivés mercredi pour monter des palissades de chantier autour de la célèbre salle de projection, fermée depuis onze ans en raison de son manque de rentabilité. L’épilogue d’une longue saga judiciaire.

Figures politiques, acteurs culturels, Fédération des architectes suisses et, plus récemment, le groupe Facebook contre l’enlaidissement de Genève: la mobilisation citoyenne pour la sauvegarde du Plaza s’est distinguée par son ampleur et sa durée. Le coup de grâce a été porté en mars dernier, lorsque le Conseil d’Etat a invalidé l’initiative populaire cantonale «Le Plaza ne doit pas mourir», pourtant munie de plus de 11 000 signatures, la jugeant contraire au droit.

Patrimoine moderne

Considérant l’affectation de la salle en cinéma comme étant d’«utilité publique», le texte souhaitait exproprier le propriétaire et transférer les parcelles à la Ville de Genève. Une clause qui ne relève pas de la compétence du Grand Conseil, selon le gouvernement genevois. Malgré un recours pendant à la Chambre constitutionnelle de la Cour de justice, le feu vert a été donné pour la démolition. En lieu et place des fauteuils de velours rouge vermillon, les lieux accueilleront à terme des arcades commerciales, des logements étudiants et un parking.

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Inauguré en 1952 à proximité de la gare Cornavin et de la Rade, le Plaza a longtemps été le plus grand cinéma de la ville, avec une capacité de 1250 personnes. Conçu par l’architecte genevois Marc-Joseph Saugey, le lieu s’insère dans un complexe de trois bâtiments avant-gardistes en verre et métal. Avec sa structure en aluminium unique en Suisse, le Plaza est considéré comme un «chef-d’œuvre de l’architecture moderne».

«Désastre public» 

C’est pourquoi, malgré l’arrivée imminente des pelleteuses, les défenseurs du lieu ne s’avouent pas vaincus. Ils viennent de lancer une pétition en ligne, qui récolte à ce jour plus de 3100 signatures, et comptent la déposer au Grand Conseil le 1er novembre. Sur Twitter, les critiques à l’encontre du conseiller d’Etat Antonio Hodgers, chef du Département du territoire, sont virulentes. «Honte à vous, tance @jchernandezjazz. Malgré une initiative populaire et une pétition online, vous n’avez rien fait pour empêcher la destruction du cinéma #Plaza à #Genève. Tout ça pour un centre commercial et un parking. Ecolo, vous? Je me souviendrai de votre mépris dans les urnes.»

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L’architecte Philippe Meier, vice-président de la Fédération des architectes suisses, s’est longuement engagé pour la préservation du Plaza et a même consacré un ouvrage à l’œuvre de Marc-Joseph Saugey. Il déplore aujourd’hui un «désastre public». «Le droit privé a prévalu sur la culture, le patrimoine et surtout l’intérêt public, dénonce-t-il. Cela n’aurait peut-être pas été le cas si le monde politique en avait fait un enjeu de société.» Conscient qu’on ne peut pas «tout conserver», l’architecte l’affirme, ce bâtiment en valait la peine. «Dans cinquante ans, nos petits-enfants se demanderont pourquoi on a laissé faire ça.»

Antonio Hodgers répond

Face aux critiques, le magistrat Antonio Hodgers prend position. «Le combat mené par les différentes associations est un exemple d’engagement citoyen, salue-t-il. Il est toutefois regrettable qu’il n’ait pas été entamé il y a vingt ans lorsque ce dossier a été abordé pour la première fois. Depuis, les tribunaux ont confirmé à deux reprises le projet de réaffectation. Le Conseil d’Etat n’a malheureusement plus de marge de manœuvre pour intervenir.»

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