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A Genève, pour un cycle d’orientation qui oriente, vraiment

OPINION. Un an après l’échec de la refonte du cycle à Genève, les candidats vert’lib Marie-Claude Sawerschel et Stéphane Sauge donnent leurs pistes pour offrir de meilleures chances à tous les élèves

Image d'illustration. — © KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi
Image d'illustration. — © KEYSTONE/Salvatore Di Nolfi

Voici un an, nous nous opposions à la réforme CO22. Nous partagions pourtant avec le DIP l’essentiel des constats d’échec du cycle d’orientation: l’échec des sections les moins exigeantes, où se cumulent les problématiques scolaires, sociales et comportementales. L’échec des fameuses passerelles qui avaient pour but de promouvoir les élèves motivés mais qui ne sont jamais parvenues à les maintenir au niveau avancé. L’échec de la préparation au collège, qui ne conserve chaque année qu’un élève sur deux de la section du cycle qui lui est destinée. L’échec de l’orientation vers les apprentissages, que les jeunes fuient d’abord et qu’ils rejoignent tardivement après avoir abandonné la maturité gymnasiale ou l’ECG.

Un commentaire sur l'éechec de CO22: Genève ne veut pas de l’école aux illusions

Certes, une réforme est nécessaire, mais celle qu’on nous a proposée ne pouvait pas nous convaincre, pas plus qu’elle n’avait convaincu les enseignants. Et pour cause, la consultation menée auprès d’eux avait tout d’un alibi: recueillir les opinions des acteurs de l’éducation pour concevoir au final un projet flou et expérimental ne pouvait que conduire à un référendum et à un échec dans les urnes. Il est temps pour nous de poser sur la table des propositions fortes et réalisables qui dépassent les antagonismes traditionnels, afin que se dégage une majorité tant parmi les professionnels qu’au sein de la population.

Notre projet passe par des transitions fluides d’une année à l’autre. Cela commence par l’abandon des niveaux à l’entrée du cycle, afin de retirer à l’école primaire la tâche arbitraire, et contraire à ses principes généralistes, de sélectionner les élèves avant de leur avoir donné l’opportunité de choisir leur avenir. Plutôt que de les trier précocement sur la base de deux uniques disciplines (français et mathématiques), commençons par élargir leur horizon, intéressons-nous à leurs aptitudes et leurs compétences multiples pour mieux les orienter ensuite. Proposons-leur de nouveaux espaces pédagogiques consacrés à la réalisation de projets, à des options choisies ou à la découverte de domaines en phase avec notre société qui évolue. Laissons-les exprimer leur créativité et leur esprit d’initiative, manifester leur sens de la coopération ou leur leadership. Cessons de brider leurs talents, de moquer leurs loisirs et de négliger leurs langues maternelles, richesses inexploitées de notre canton. Enfin, arrêtons de hiérarchiser les deux grands ensembles de diplômes, les professionnels et les académiques, qui correspondent à des champs de compétences différents et non à des niveaux.

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Avec une 9e qui accueille les enfants et repère leurs compétences pour mieux les valoriser, avec une 11e qui prépare les élèves en fonction de leurs perspectives et non de leurs seuls résultats scolaires, avec des projets interdisciplinaires et une ouverture sur les langues, le cycle sera plus progressif et adapté à la diversité de la jeunesse. Pour qu’une telle réforme réussisse, il faudra l’accord de ceux qui vont la mettre en pratique. Nous retrouvons là un autre aspect de notre vision pour l’Instruction publique: l’efficience de l’Etat. Cela passe par l’élaboration de moyens d’enseignement performants et par des interfaces numériques complètes (suivi de l’élève, communication avec les parents, collaboration interne): c’est la dimension administrative. Cela passe aussi, et peut-être même surtout, par une confiance accrue donnée aux collaborateurs et aux établissements: c’est la dimension humaine.