Il est utile de débusquer les errements de la science, et en particulier ceux qui résultent de préjudices et qui les nourrissent. Mais cette chasse peut elle-même se transformer en errements, comme lorsque l’on affirme qu’il est impossible de distinguer un cerveau d’homme d’un cerveau de femme. Je me réfère à l’interview du Dr Catherine Vidal, intitulée «On ne peut distinguer un cerveau d’homme d’un cerveau de femme», parue dans Le Temps du 9 novembre.

Sous couvert de plasticité cérébrale, il est suggéré que l’expérience, et en particulier l’environnement social, est exclusivement responsable de la construction du cerveau, et donc des capacités cognitives de chacun. A la base, nous disposerions donc, hommes et femmes, du même tableau blanc, tableau que notre acquis modifierait avec l’âge, et qui servirait de trame à notre existence. C’est une vision peut-être séduisante, mais elle est fausse. Elle scotomise l’immense littérature scientifique démontrant des dimorphismes sexuels innés, morphologiques et comportementaux.

N’en déplaise à certains, nous sommes des mammifères, plus précisément des grands singes. Et nous sommes loin, malgré notre cortex remarquable et nos pieux efforts, de nous être extirpés du joug de notre nature animale. Les mécanismes de la sélection naturelle ont produit des espèces représentées chacune par deux sexes génétiquement dissemblables. Ce qui se traduit par des individus différents, complémentaires et égaux, dont l’égalité n’est pas conditionnée à l’absence de différences. Et la négation de ­celles-ci n’est pas un signe d’utilisation efficace de l’organe d’exception qu’est justement le cerveau.