Le Temps: Dans quelles circonstances êtes-vous arrivée en Israël?

Tsega Melaku: C'était en 1984, j'avais 16 ans. Je savais que j'étais juive depuis ma naissance mais je n'avais aucune idée de ce qu'était un Juif. Je ne pensais surtout pas qu'il y en avait des Blancs! Lorsque je suis arrivée, les gens n'arrivaient pas à prononcer mon nom et m'ont demandé de le changer pour quelque chose de plus israélien. J'ai refusé. On me posait beaucoup de questions, aussi, sur ma judaïté. Les gens, ici, ont du mal à comprendre que l'on puisse être Noir et Juif. Il y a beaucoup de suspicion et cela complique l'intégration.

- L'immigration juive éthiopienne est-elle surtout économique?

- Les premiers sont venus pour des raisons exclusivement religieuses, car notre communauté est très croyante et pratiquante. Ensuite il y a eu les Falashmouras, convertis au christianisme et n'ayant aucune connaissance du judaïsme. Ceux-là viennent pour des raisons économiques.

- La communauté éthiopienne est-elle intégrée?

- La plupart des Ethiopiens sont ruraux et peu éduqués, mais ils apprennent très vite l'hébreu car les racines sont les mêmes que pour l'amharique. Cela dit, nos cultures sont très différentes et il y a beaucoup de racisme. Les Israéliens ne nous aiment pas! Mon fils est né ici, mais à l'école, on le traite toujours d'Africain! Israël est pourtant notre pays. J'y ai fait mon service militaire.

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