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Sur une plage, à l'île Maurice
© Viorel Sima/123RF

La vie à 30 ans

Les gens qui lisent sont mystérieux

Pour notre chroniqueuse, il y a une énorme différence entre ceux qui lisent de vrais livres en papier et ceux qui se cachent derrière leurs écrans

Sur une plage de la Côte d’Azur, Madame en chapeau de paille feuillette Libé. Monsieur, à ses côtés, est plongé dans une lecture bien plus «républicaine» et disperse les grains de sable collés à ses mollets d’un coup de cahier eco du Figaro. Des filles rient et pouffent en regardant leurs portables. Mais l’une d’elles tire un livre de poche de son sac, un roman de Françoise Sagan. Elle lit quelques pages. Elle a l’air de rêver un peu de la tristesse, comme Sagan le faisait. Il fait très chaud. Elle repose le livre et a le regard un peu plus solitaire que les autres.

Deviner une curiosité

J’aime que les gens qui lisent me fassent des signes. Que ce qu’ils lisent me fasse signe. Que je puisse y deviner une de leurs curiosités, un centimètre de leur mystère, ou avec quel magazine bête ils décompressent. J’en ai besoin comme des marques d’une tribu possible, d’un lien en commun, d’un collectif fait des milliards de mots qui me sont tendus. La couverture d’un livre, un journal, raconte, donne des pistes, souvent fausses, sûrement partielles, ou valables juste pour une seconde: ce sont des signes quand même.

A la recherche du temps perdu?

Dans les trains, sur les terrasses, je crains ainsi laptops, ordis, portables. On y lit: «porte fermée». On y est carrément enfermé, à «partager», tu parles, d’un clic des choses avec des gens enfermés eux aussi, ailleurs, loin. Je cherche autour de moi les lecteurs qui ne sont pas barricadés derrière leur écran, mais sublimés par un livre ou un journal. L’étudiante qui révise, Stabilos à l’appui, ce manuel de droit. Ce gars qui lit un vendredi l’édition du Temps du lundi précédent: qu’est-ce qu’il rattrape? La recherche du temps perdu?

Mais il y a toujours ceux avec leur téléphone; les couples anxieux qui systématiquement demandent à l’autre ce qu’il fabrique, pianotant sur son clavier. Alors qu’il lit L’Equipe, ou du moins le prétend-il… Je me dis aussi que si les voyageurs se cachent avec leur smartphone, c’est pour éviter les gens comme moi, voyeurs un peu, affamés de liens. J’aime qu’on les ferme, ces écrans, que le papier dise un peu autour de nous qui nous sommes, ce que nous aimons. Comme dans un roman de Modiano, où un homme timide vous demanderait presque en s’excusant s’il est bien, le livre qui a l’air de vous passionner. J’aimerais que l’on se parle de vraies choses. Que les livres et les journaux, ce soient des portes, entrouvertes, avec le rai de lumière donnant envie de se connaître.


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