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Gentleman au restaurant

Juste avant les fêtes, un petit voyage rétro dans l’époque de la galanterie et de la femme-objet (précieux). Pas besoin de bagage, juste un peu d’humour…

Lors d’un dîner au restaurant, est-il juste que la femme s’asseye dos au mur? Et si la table se trouve au milieu du restaurant? Et est-il vrai que l’homme doit sortir le premier?

Pierre

Cher Pierre

Oui, tout cela est parfaitement juste. Et ces comportements qui s’expliquaient dans un certain contexte social sont de moins en moins compris donc de plus en plus oubliés. C’est dommage, car c’est l’un des rares moments où les femmes fortes, indépendantes, etc. que nous sommes peuvent encore avoir l’illusion d’être l’objet de cette «généreuse courtoisie française faisant de la femme une reine, au point de vue mondain» dont la baronne Staffe se faisait le porte-parole en… 1889.

Bref, la femme est une reine, et une reine fragile qu’il convient donc d’honorer, de respecter, et de protéger. (J’entends les grincements de dents de mes camarades des luttes émancipatrices, mais je leur demande un peu de patience, et – si possible – d’humour.)

Donc, vous arrivez au restaurant. Taverne enfumée ou trois étoiles au Michelin, c’est un lieu public, donc potentiellement dangereux. Le gentleman entrera le premier pour vérifier que rien ne menace la douce fleur qui l’accompagne. Oui, messieurs qui vous effacez gentiment pour nous laisser passer, vous avez tort. Au restau, vous devez entrer d’abord et nous tenir la porte de l’intérieur. Puis, pour suivre le maître d’hôtel qui vous conduit à votre table, c’est elle qui passe devant, et vous fermez la marche, attentif aux regards qui pourraient manquer de respect à votre immaculée compagne. Si la salle est à l’étage, vous la laisserez monter la première. Si elle manquait une marche, vous seriez là pour la rattraper, les fines chevilles sont si délicates! Arrivés à destination sans dragon menaçant votre princesse, vous l’aidez à ôter son manteau, si ce n’est déjà fait.

Bien entendu, le siège le plus confortable lui est réservé, face à la salle. Vous lui ferez ainsi un rempart de votre corps et la laisserez profiter du spectacle, alors que vous, Monsieur, n’aspirez à rien d’autre que de la contempler, elle, pendant tout le repas. Si c’est une banquette, vous tirez un peu la table pour l’aider à s’y glisser, et, si c’est un siège, vous le reculez légèrement. Si la table n’est pas contre le mur, laissez-la choisir la place qu’elle préfère. Moi, je ne supporte pas de tourner le dos à l’entrée, et ne me demandez pas pourquoi… Et, bien entendu, un gentleman ne s’assied que lorsque sa compagne est installée.

Le repas est terminé. Son déroulement, sa fin, l’addition, tout cela fait partie d’une autre chorégraphie, donc d’une autre chronique.

Vous refaites le chemin en sens inverse, toujours devant, également pour redescendre l’escalier (si elle glisse, vous êtes là avec vos bras vigoureux pour lui éviter une chute mortelle). Vous l’aidez à passer son manteau. C’est un moment qui peut être charmant. Il m’est arrivé de deviner que ce monsieur et cette dame étaient plus proches qu’ils le disaient, rien qu’en voyant comment il l’aidait à passer son manteau…

Et, pour finir, vous sortez le premier pour être sûr que la voie est libre. Et, s’il pleut, vous allez chercher la voiture.

Mais oui, je sais, tout cela n’est plus politiquement correct et nous avons, de haute lutte, gagné le droit d’être assise dans les courants d’air et de gâter nos escarpins dans les flaques, mais c’est joli, juste pour un soir, vous ne trouvez pas?

Le gentleman entrera le premier pour vérifier que rien ne menace la douce fleur qui l’accompagne

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