Mon Europe

La génuflexion devant David Cameron

Pour sauver sa peau, le premier ministre britannique a plongé l’UE dans l’incertitude. Minée par de nombreuses difficultés, celle-ci cède à ses revendications, allant jusqu’à brader l’un de ses principes fondateurs

Qu’on se le rappelle. David Cameron, le premier ministre britannique, est à la source de l’incertitude liée au Brexit, c’est-à-dire une éventuelle sortie du Royaume-Uni de la famille européenne. Il faudra attendre l’issue du référendum pour venir au bout du suspense. Dans tous les cas, les sondages ne sont guère favorables au camp du maintien. Comment peut-il en être autrement? Le camp des eurosceptiques ne comprend pas seulement des députés conservateurs, mais aussi plusieurs ministres.

Tout a commencé il y a trois ans. A mi-mandat de son gouvernement de coalition, David Cameron a senti le terrain glisser sous ses pieds. L’UKIP du souverainiste Nigel Farage grignotait inlassablement dans l’électorat conservateur classique. C’est pour donner un gage à ce dernier que le premier ministre britannique est venu avec l’idée d’un référendum sur l’avenir du royaume au sein de l’Union, promettant lui-même de faire campagne pour le oui si Bruxelles acquiesce à ses revendications.

Cette stratégie était la bonne. David Cameron a sauvé son poste de chef du gouvernement lors des législatives de 2015.

Ses revendications? Les institutions européennes n’ont pas eu énormément de peine à admettre qu’il fallait couper dans la bureaucratie, rendre l’économie plus compétitive ou encore confier un plus grand rôle aux parlements nationaux dans les affaires européennes. C’est sur la question de la libre circulation des personnes, un principe fondateur de l’UE, que le consensus est difficile. Pire, dans l’ambiance actuelle pourrie par la crise des réfugiés, le sujet a semé la zizanie au sein des Vingt-Huit.

Un projet d’accord a été arrêté après négociations entre Londres et Bruxelles. Dans les circonstances actuelles où l’UE prend l’eau de tous les côtés, David Cameron obtiendrait tout ce qu’il voudrait. Elle est allée jusqu’à inventer une exception à la libre circulation, ce qui est équivalent à une génuflexion devant Londres.

Soit. Le référendum promis aura lieu en juin. David Cameron a sans doute hâte de sortir lui-même d’incertitudes dont il est le premier responsable. Mais auparavant, le projet d’accord doit être avalisé par les autres Etats membres de l’UE, puis par le Parlement européen. Et rien n’est gagné d’avance.

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