L'économie américaine s'est bien portée sous George W. Bush: la croissance a été solide et relativement stable, le chômage est au plus bas et le dollar a certes largement fluctué mais il ne s'est pas effondré, comme beaucoup le prédisaient.

Le président, qui voit aujourd'hui lui échapper la maîtrise absolue des affaires, a eu de la chance d'être au pouvoir quand tout allait bien, mais il a aussi dopé la croissance en creusant un profond déficit budgétaire. Si son activisme est souvent comparé favorablement avec la timidité des Européens, il reste qu'il a lourdement plombé le budget équilibré hérité de Clinton et que le gouvernement fédéral devra, un jour ou l'autre, s'atteler à la tâche de rétablir une situation insoutenable.

Très probablement, Bush espérait passer le bébé à son successeur. Les démocrates, qui peuvent caresser le rêve de reprendre la Maison-Blanche en 2009, vont sans doute vouloir utiliser leur pouvoir retrouvé pour forcer Bush à faire le «sale boulot».

Ils vont devoir procéder avec prudence, cependant. Le slogan tueur des républicains est de qualifier leurs adversaires de maniaques des impôts. En demandant un retour à l'équilibre budgétaire, les démocrates ne vont donc pas pouvoir simplement demander d'augmenter les impôts. Ils vont observer que le déficit a été creusé pour moitié environ par les réductions d'impôts offertes par Bush aux contribuables les plus fortunés et proposeront sans doute d'annuler tout ou partie de ces mesures, que Bush vient justement de prolonger.

L'autre moitié des déficits est due à des dépenses accrues, notamment dans le domaine de la défense et de la sécurité intérieure après le 11 septembre, l'Afghanistan et l'Irak. N'ayant pas de politique de rechange dans ces domaines, les démocrates ne seront pas à l'aise pour expliquer précisément quelles dépenses ils souhaitent réduire. Ils vont donc beaucoup insister sur les abus qui ont accompagné la montée en pression rapide des dépenses, d'autant que les bénéficiaires sont souvent des sociétés proches de la Maison-Blanche. Ils vont pousser à la constitution de commissions d'enquêtes, mais il n'est pas évident qu'il en résultera des coupes significatives dans les dépenses. En tout cas, cela prendra du temps.

Pour le reste du monde, le déficit du budget américain est un sujet également brûlant, car il s'accompagne d'un déficit externe, l'une des sources des grands déséquilibres mondiaux. L'administration Bush cherche à faire porter le chapeau aux Chinois, accusés de sous-évaluer leur devise et donc d'imposer aux Etats-Unis des échanges commerciaux inégaux. La controverse n'est pas près de disparaître, mais nul ne doute vraiment que le déficit du budget américain est, au moins en partie, responsable de ces déséquilibres.

Ce qui taraude les observateurs c'est que si, par un coup de baguette magique, les Etats-Unis devaient réduire leur déficit, les conséquences pour l'économie mondiale pourraient être pires que le mal actuel. Une rapide baisse du déficit américain signifierait un très net ralentissement de l'activité économique aux Etats-Unis. Or, depuis une décennie, les Etats-Unis ont joué le rôle de locomotive de la croissance mondiale.

Même si le dynamisme des pays émergents, surtout en Asie, soutient également l'activité mondiale, et même si l'Europe commence à sortir de sa léthargie, un brusque ralentissement américain ne passerait pas inaperçu. Il s'accompagnerait probablement d'une baisse très marquée du dollar, qui affaiblirait en premier la compétitivité européenne.

Les optimistes comptent sur un repli graduel du dollar, les pessimistes redoutent une chute brutale aux conséquences dramatiques. Tous estiment que le meilleur scénario est un étalement dans le temps de cette chaîne d'événements, même si l'ajustement sera d'autant plus pénible qu'il est tardif. Le fait que les démocrates ne pourront pas faire grand-chose, mais un petit peu quand même, est donc une bonne nouvelle.

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