Bill Clinton est entré en campagne. Le président vient d'employer les mots les plus durs pour dénoncer le «marketing fantastique» que représente, à ses yeux, la Convention républicaine dont George W. Bush sortira demain candidat officiel – et officiellement modéré – de la droite à la Maison- Blanche. On comprend Bill Clinton: lui, le meilleur stratège électoral du Parti démocrate, peut difficilement assister inerte à l'effondrement de son dauphin Al Gore sous les assauts veloutés de l'autre camp.

Rien n'est dit encore, il y aura une autre Convention à grand spectacle, et une campagne. Mais le vice-président, qui avait tous les atouts en main (prospérité et puissance) est mal parti. Le candidat démocrate, dont son propre Etat, le Tennessee, avoue qu'il respire l'ennui, a dans les pattes un candidat vert qui peut lui rogner ses marges extrêmes et syndicales, et un adversaire principal qui piétine allègrement ses plates-bandes.

Car le Parti républicain, désormais à la merci de Dubya (W prononcé à la texane), a entrepris une mue qui, même si elle est d'abord cosmétique, pourrait avoir une efficacité fatale à la continuation d'une présidence démocrate. Les thèmes de la «révolution conservatrice» ont été proprement enterrés ou poussés derrière des paravents, au profit d'un discours soudain beaucoup moins agressif sur l'éducation, l'immigration, les droits des femmes.

Si les électeurs américains sont séduits par ces opérations largement sémantiques, ils se réveilleront avec un président et un parti qui sont aussi partisans de la peine de mort, adversaires de l'IVG et durs en matière sociale.

Mais il y a un thème sur lequel Bush et les siens n'ont pas changé et ne changeront pas, et il nous touche directement: c'est la politique de sécurité. Les républicains sont les porte-parole «naturels» de la nouvelle philosophie stratégique américaine. Avec eux, la défense antimissile avancera à grands pas. Elle condamne le traité ABM, un des grands textes du désarmement, et elle organisera le monde selon une nouvelle division: un camp invulnérable (essentiellement les Etats-Unis et ceux qui les suivront) contre tous les autres. Il vaut mieux le savoir avant que ça arrive.

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