Chronique

Géraldine, Pierre et les autres…

OPINION. Les affaires se suivent, sans se ressembler d’ailleurs, avec leurs conséquences regrettables: le point de vue de notre chroniqueuse, Marie-Hélène Miauton

Géraldine Savary s’en va, et c’est bien dommage. Pierre Maudet s’en ira, et c’est tout aussi regrettable. Il n’est pas question ici de nier qu’ils ont fait des fautes, mais de dire qu’elles doivent être jugées à l’aune de leur appartenance à la tribu humaine, pétrie de défauts et de faiblesses. Malheureusement, le sens de la mesure fait défaut aujourd’hui, pour laisser toute la place à l’émotion, à l’indignation, au lynchage et à l’opprobre. En chacun de nous sommeillent un flic qui dénonce, un juge qui condamne et un bourreau qui exécute…

Face à l’injustice de leur sort, Pierre persiste, Géraldine renonce. Ces deux comportements témoignent un même courage. Rester en étant privé de ses charges pour jouer la potiche et encombrer ceux qui vous remplacent, cela ne doit pas être facile tous les jours et il faut assumer de garder la tête haute. Partir pour éviter d’être en permanence soupçonnée, houspillée et assurée de toute façon de ne plus être persona grata sur un prochain ticket électif, cela demande de la force sur le moment mais c’est sans doute plus confortable à terme.

Un noble lâchage

Nos deux élus se coltinent en outre leurs partis respectifs. La perspective des élections fédérales l’an prochain exige une condamnation sans pitié des moutons noirs. Il ne faut pas mentir à ses instances dirigeantes, ce n’est pas beau! Il ne faut pas écorner le principe de la transparence, sinon pourquoi lancer une initiative crédible sur le financement des partis? Il ne faut pas avoir la tête qui gonfle et se croire au-dessus des règles, pan sur les doigts! Dès lors, c’est à un noble lâchage que l’on a assisté, pour ne pas ternir l’image du PS ou du PLR, qui se montrent intransigeants sur les principes. A droite, on veut bien soutenir l’économie mais on ne fricote pas avec, nuance! A gauche, les voyages et soirées champagne-caviar avec un bénéficiaire du forfait fiscal, qui complète intelligemment ses impôts en finançant les campagnes de ses amis de gauche, ça fait tousser les camarades!

Lire également: Les règles de transparence animeront la campagne de 2019

Il se trouve que l’humanité est ainsi faite que ses meilleurs spécimens ne sont pas pour autant parfaits. Mozart était un coureur de jupons libertin, Beethoven un misanthrope caractériel, Einstein a abandonné ses trois enfants, Churchill buvait trop et fumait comme un pompier, Jules Ferry prônait la supériorité de la race blanche… Cette énumération lacunaire tendant à démontrer que la valeur n’est aucunement synonyme de perfection, la meilleure solution serait donc d’élire des robots. Des machines désincarnées, sans tares et sans charme. Le pays serait ainsi gouverné de manière totalement technocratique et rationnelle. Aucune étincelle de génie. Aucune vision. Aucune proposition déroutante et pourtant pertinente…

Quelle exemplarité?

En se montrant intransigeants, le PLR et le PS insistent sur la nécessaire exemplarité des élus. Ils feraient mieux de se préoccuper de l’essentiel, c’est-à-dire d’une exemplarité en force de travail, en puissance de conviction, en vision d’avenir et en souci de la chose publique, mais alors, zut, ils retomberaient sur Géraldine et Pierre. En réalité, l’exemplarité des médiocres fait plus de tort à l’Etat que les erreurs de nos deux vaillants élus. C’est un peu la parabole des talents…

Bien sûr, ce point de vue choquera les pères la pudeur et les mères la vertu, mais il y a une différence entre accepter quelques avantages d’amis fortunés et détourner à son profit l’argent du contribuable, comme la municipalité de Genève, qui ne sera pas démissionnée en bloc comme cela se devrait. Les conseillers municipaux genevois qui ont dépensé en une année des dizaines de milliers de francs en faux frais, en plus de l’enveloppe déjà généreuse qui leur était allouée pour ce faire, ont puisé dans les caisses de l’Etat à leur seul profit, pour se faire la vie douce. Notre grand pécheur et notre vile pécheresse, eux, se sont aussi fait la vie plus douce, mais sans coûter un sou à l’Etat. A choisir, je préfère!


Chroniques précédentes:

Publicité