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© FABRICE COFFRINI

Du bout du lac

La Ghouta, d’un French doctor à l’autre

OPINION. Le devoir d'ingérence a vécu, et notre chroniqueur en est tout désorienté

Face à la Syrie, il est difficile de ne pas ressentir un certain désarroi intellectuel. Je n’ai pas mis cette phrase entre guillemets, mais j’aurais pu: c’est Rony Brauman qui vient de la prononcer, dans une interview au Temps. Le cofondateur de Médecins sans frontières expliquait en substance qu’il y a une leçon à tirer des erreurs somalienne, irakienne ou libyenne: les interventions militaires occidentales, fussent-elles estampillées humanitaires, sont rarement de bonnes idées.

L’interview de Rony Brauman: «Il ne fallait pas se mêler des révolutions arabes»

Difficile de ne pas ressentir un certain désarroi intellectuel, c’est vrai, à entendre le French doctor enfoncer le dernier clou dans le cercueil de l’ingérence humanitaire. Celle-là même que l’autre French doctor, Bernard Kouchner, élevait au rang de devoir dans les années 1980. Le devoir d’ingérence humanitaire, ou l’obligation faite aux démocraties de faire passer, s’il le faut par la force, les droits de l’homme avant la souveraineté des Etats.

Il y a une petite quarantaine d’années donc, à peu près au moment où je faisais mon apparition sur une terre déjà bien bordélique, une idée française à vocation universelle défiait la communauté internationale et séduisait ma génération: désormais, l’humanité organisée ne tolérerait plus l’intolérable, lequel n’avait qu’à bien se tenir. Et Genève n’allait pas s’en plaindre, dépositaire qu’elle était des bases légales de ce bel idéal.

Quarante ans plus tard ou à peine moins, les Conventions de Genève hibernent sous un linceul blanc, quelque part du côté du quartier des Nations. A Damas, à Afrine ou dans la Ghouta, plus personne ne sait qu’elles existent. Ou alors ceux qui le savent font semblant de les avoir oubliées. Bernard Kouchner non plus, plus personne ne sait qu’il existe. Et ceux qui s’en souviennent font semblant de l’avoir oublié, lui aussi. La Somalie, l’Irak et la Libye sont passés par là. Le réalisme a triomphé. Bernard Kouchner est devenu aussi infréquentable que sa grande idée. L’ingérence est rangée dans les cartons de l’histoire, entre les croisades et la mission civilisatrice.

Alors oui, désarroi intellectuel est probablement le mot juste. Parce que nous n’avons pas les moyens de faire autrement, le bon sens commanderait de tolérer l’intolérable en espérant que ça passe, suggère Rony Brauman. De l’ingérence à la prudence. D’un French doctor à l’autre.


Dernière chronique: Christine Angot, mécanique à double détente 

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