Revue de presse

Gianni Infantino à la FIFA: à ce stade, tout lui sourit

La presse commente la réélection attendue du président de la FIFA hier à Paris, sans concurrent, et assis sur un tas d’or. Même si de lourds dossiers sont toujours en embuscade

«Plus on est de fous, plus on rit.» C’est en ces termes que le tout nouvellement réélu président de la Fédération internationale de football, Gianni Infantino, a justifié auprès du Daily Mail britannique son ouverture à un changement des règles en vue d’une candidature de la Chine à l’accueil de la Coupe du monde 2030. «Un rude coup pour les espoirs britanniques et irlandais», précise le quotidien. La règle actuelle de la rotation veut que les pays d’une Confédération ayant organisé une des deux dernières Coupes n’aient pas le droit de candidater; or la Chine fait partie du même groupe que le Qatar, qui est le pays hôte pour 2022. Mais «on doit en discuter à Shanghai lors de notre congrès de septembre, et la décision ne sera pas prise avant 2022 ou 2024». Et donc: «Pour moi, plus on est de fous, plus on rit.»

Lire notre article: Gianni Infantino, la réélection d’un intouchable

Sauf quand il y a une grosse élection en jeu, dans ce cas la foule s’impose moins. Ainsi Gianni Infantino a été «réélu par acclamation à 11h25 mercredi, lors du 69e Congrès de la FIFA à Paris (Porte de Versailles). A 49 ans, il va effectuer un deuxième mandat à la tête de la Fédération internationale, jusqu’en 2023», écrit, très neutre, L’Equipe, comme Top Mercato, comme toute la presse. «Sa réélection avait été saluée d’un concert d’applaudissements après le changement des règles peu auparavant dans la journée pour rendre facultatif le vote des 211 membres de la fédération si un seul candidat était en lice, rappelle la BBC. Ce qui était le cas. «Il ne risque pas de voir un bulletin de vote lui échapper en signe de désapprobation», avait prévenu La Libre Belgique avant le vote. En effet. D’où la désapprobation de nombreuses voix amoureuses du ballon rond et désireuses d’un peu plus de transparence et de jeu ouvert, comme celle du chef des sports de la RTS.

Même dépit très acide du magazine So Foot dans son analyse «Infantino-FIFA, le trône de fake»: «Le Congrès de la FIFA, qui vient de se tenir à Paris, a donc réélu, à la soviétique, Gianni Infantino. Seul candidat à sa succession, ce qui en dit long sur l’institution, il a été finalement jugé l’unique chose qui compte vraiment aujourd’hui: l’argent. […] Il n’a donc pas été choisi pour être un visionnaire du ballon rond, un «politique» de sa diffusion, de son organisation capable d’affronter les enjeux du XXIe siècle (écologie, parité, éthique…). Il fallait quelqu’un qui resserre les boulons, assure la croissance du chiffre d’affaires et sache gérer les deux Coupes du monde compliquées qui se profilaient en Russie, puis au Qatar. Dire qu’il a rempli les attentes de ses pairs s’avère donc être un euphémisme. Les revenus ont grimpé de 4,6 milliards à 6,4 milliards, entre 2015 et 2018, pour ce qui demeure, rappelons-le, une organisation à but non lucratif non soumise à l’impôt en Suisse, et ni dans les pays où elle organise ses «shows».

Assis sur un tas d’or

La réussite économique du Suisso-Italien est partout dans la presse ce matin. «Gianni Infantino espère 44,4 milliards d’euros de revenus pour le futur Mondial des clubs», titre L’Equipe pour un de ses articles consacrés au vote. «Gianni Infantino a surtout tiré les fruits d’une puissance financière retrouvée, ce qui, mieux que n’importe quel argument, fait le bonheur de la très grande majorité des associations nationales, commente Patrick Oberli dans Le Matin. […] Il a bien compris que le football est un précurseur dans le phénomène de mondialisation et la conquête de nouveaux marchés. Il sait aussi mieux que quiconque que son «produit» permet de légitimer par les sentiments – la passion du jeu, l’éducation, des valeurs de partage – une course purement économique. Plus le football a d’adeptes, plus la FIFA et les autres entités qui la composent peuvent le vendre cher. Du coup, rien n’arrêtera sa course en avant vers la création et la promotion de nouvelles compétitions.»

Avenir sans nuages pour Infantino? Il est revenu dans un discours «très émotionnel», selon la FIFA, sur la fin de la crise: «Plus personne à la FIFA ne parle de la crise ou évoque de la reconstruire de zéro. Plus personne ne parle de scandales ou de corruption, nous parlons de football. Nous avons repris la situation en main. Cette organisation qui était toxique voire criminelle est devenue ce qu’elle devait être: une organisation qui développe le football et est maintenant synonyme de transparence et d’intégrité», a retranscrit la BBC. Hum. De lourds dossiers l’attendent encore, lit-on aussi un peu partout.

«Il confond parfois vitesse et précipitation et a subi un coup d’arrêt sur son projet d’élargir le Mondial 2022 au Qatar de 32 à 48 équipes», rappelle Eurosports, qui cite une dépêche très complète de l’AFP. «Le style de gouvernance de l’ancien bras droit de Michel Platini à l’UEFA, froid et cassant, sa propension à s’entourer d’une garde rapprochée qui ne s’opposera jamais à lui et sa volonté d’avancer à tout prix sans se soucier des mises en garde, comme sur le projet d’élargissement du Mondial 2022 à 48 équipes, posent question».

«Nous sommes face à une menace existentielle pour le foot, s’alarme aussi sur Eurosports l’universitaire Declan Hill, un spécialiste de la corruption dans le sport, qui note la naissance d’un foot à deux vitesses. «Infantino a amélioré les standards du management, mais les problèmes structuraux sont toujours les mêmes.» «Associated Press a révélé à la veille de ce congrès la réintroduction annoncée du mot «corruption» dans le code d’éthique de l’institution! Où l’on apprenait en effet que celui-ci avait été retiré en juin dernier, officiellement… pour des raisons linguistiques. Quand le patron du football mondial évoquait lui un simple malentendu», s’amuse le site Football.fr.

«Il n’y a qu’à observer ce qui se passe dans les Confédérations pour voir que le passé est encore présent: suspension récente d’un haut dirigeant qui s’était rempli les poches en Océanie, trafic d’influences et pressions dans des élections en Asie, accusation de corruption du président en Afrique, commente encore Le Matin. Certes, ce n’est pas directement la FIFA. Mais c’est justement pour avoir oublié que «les étages du dessous étaient de sa responsabilité» que la FIFA de l’ère Blatter est tombée.»

Les critiques de l’ex-président de l’UEFA toujours suspendu Michel Platini sont à lire un peu partout aussi, comme dans L’Express ou Le Parisien. «C’est un très bon juriste, un très bon secrétaire général, mais il n’a aucune légitimité, il n’est pas crédible comme président de la FIFA.» Enfin, son affaire en cours avec le procureur suisse Michael Lauber est développée dans Le Monde (sujet repris par Le Temps), celle de «ses rencontres secrètes avec Michael Lauber, procureur général de la Confédération, chargé des enquêtes sur les affaires de corruption à la FIFA depuis 2015, et de ses rapports intrigants avec Rinaldo Arnold, un ami d’enfance devenu premier procureur du Haut-Valais».

Relire dans Le Temps: Michael Lauber en sursis

Cette information encore: «Le président de la République et celui de la FIFA ont évoqué l’idée d’un déménagement du siège de l’instance mondiale de Zurich à Paris, lors de leur entrevue à l’Elysée», rapporte L’Equipe. «Gianni Infantino nous a confirmé qu’il avait le souhait de réfléchir à ce sujet, sans qu’il y ait de décision qui semble avoir été prise. La France est une des destinations qu’ils ont en tête, et il y en a d’autres.» On vous le disait, encore des dossiers en cours…

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