Il y a trop peu de bonnes nouvelles dans le conflit israélo-palestinien pour ne pas se réjouir de la libération du soldat Gilad Shalit, aux mains du Hamas depuis cinq ans, en échange de 1027 prisonniers palestiniens. Le premier était un soldat israélien tout ce qu’il y a de plus ordinaire tombé dans un piège tendu par des groupes armés de la bande de Gaza. Les seconds sont considérés comme des «terroristes» par Israël et reçus en «héros de la liberté» par les Palestiniens. Parmi ces derniers, il y a ceux qui ont tué des Israéliens en faction dans les territoires occupés, ceux qui ont participé à des attentats suicides en Israël ou encore ce vieillard de 80 ans, le plus âgé de tous, qui avait abattu, il y a 30 ans à Jérusalem-Est, un soldat. Certains seront exilés à Gaza, ou dans des pays tiers. C’est du jamais-vu.

Benyamin Netanyahou a en effet pour la première fois obtenu le feu vert des organes de défense de l’Etat hébreu pour libérer en masse une partie des 4400 «détenus de sécurité» (sur les 10 000 Palestiniens croupissant dans leurs geôles, parfois sans jugement). Les dirigeants du Hamas ont aussi fait un pas en acceptant de réduire leur liste (initialement de 1450 noms) et en cédant sur deux personnages-clés, le secrétaire général du FPLP, Ahmad Saadat, et le leader de la deuxième Intifada, Marwan Barghouti (Fatah), qui restent emprisonnés.

Pourquoi cette soudaine souplesse? Le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël et le groupe extrémiste issu des Frères musulmans étaient tous deux en perte de vitesse aussi bien vis-à-vis de leur base électorale qu’en regard de l’opinion internationale. Benyamin Netanyahou comme Khaled Mechaal devaient engranger un succès spectaculaire pour retrouver leur lustre. Et tous deux avaient un intérêt commun à affaiblir Mahmoud Abbas auréolé de son nouveau statut de héros de la cause palestinienne depuis son discours pour la reconnaissance d’un Etat indépendant devant l’ONU. Il faut donc considérer le coup de force du président de l’Autorité palestinienne à New York comme le geste qui a provoqué cet échange de prisonniers. Le mérite de cet accord, in fine, lui revient, ainsi qu’à l’Egypte de la révolution qui a joué un rôle déterminant comme intermédiaire.

Cette bonne nouvelle ne laisse toutefois en rien présager une reprise du processus de paix. En même temps que l’accord sur les prisonniers, Benyamin Netanyahou annonçait il y a une semaine des nouveaux projets de constructions à Jérusalem-Est. Ce qui reste le plus sûr moyen d’empêcher toute reprise du dialogue avec les Palestiniens modérés.

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