Planète eco

Les «gilets jaunes» et Macron

OPINION. Emmanuel Macron a commis plusieurs erreurs dans sa réponse aux «gilets jaunes», estime notre chroniqueur Charles Wyplosz. A commencer par le mélange des genres

Depuis bientôt deux semaines, il est bien difficile de se déplacer en voiture en France. Les «gilets jaunes» sont massivement soutenus par l’opinion publique, qui pourtant se dit très préoccupée par le réchauffement climatique. Comment est-ce possible?

C’est comme avec le tabac. Pour décourager les fumeurs sans tomber dans le piège de la prohibition, il faut augmenter, beaucoup, le prix du tabac. Pour faire baisser l’utilisation de la voiture, il est aussi nécessaire d’en rendre l’utilisation beaucoup plus coûteuse. Plus généralement, il faut rendre la pollution chère, suffisamment chère pour la faire baisser de manière importante, et le meilleur instrument est la taxation. Le principe pollueur-payeur est largement admis, mais, bien sûr, personne n’aime les taxes, ce qui devrait faire réfléchir, ce que ne semble pas avoir fait Macron.

L’erreur de Macron

Son erreur est de mélanger la politique de lutte contre le réchauffement climatique et la collecte de revenus. Les «gilets jaunes» ont voulu retenir de la mesure gouvernementale ce qu’il allait leur en coûter. Cela explique que ce sont surtout des personnes de la classe moyenne qui ont besoin de leur voiture tous les jours. La ponction sur leur pouvoir d’achat est sensible et douloureuse car leurs revenus sont modestes, ce qui masque l’aspect réduction des émissions polluantes. Le gouvernement n’a pas su expliquer la mesure, pour une bonne raison: il comptait faire d’une pierre deux coups, ce qui n’est jamais une bonne idée. Ce n’est donc pas vraiment un défaut de pédagogie, c’est une erreur de conception.

Taxer pour changer les incitations est un principe bien établi depuis longtemps, reconnu par deux Prix Nobel (l’an dernier et cette année). Mais l’idée n’est pas de prélever des revenus. Au contraire, il est essentiel de préserver le pouvoir d’achat, autrement dit de rendre l’argent ainsi collecté. Cela peut paraître absurde, en fait c’est simplement subtil. Imaginez que votre revenu (net d’impôts) est de 1000 euros et que la taxe vous coûte 50 euros. Votre pouvoir d’achat passe donc à 950. Il remonte à 1000 si on vous rend 50. Mais une chose a changé: désormais, l’essence coûte plus cher.

Du coup, vous allez avoir envie de dépenser différemment vos 1000 euros, un peu moins d’essence et un peu plus d’autre chose. Vous n’y perdez jamais car vous pouvez toujours faire comme avant, sans perte de pouvoir d’achat, mais vous pouvez faire mieux. C’est votre choix, et cela va dans le bon sens, celui de réduire vos émissions polluantes. Si la taxe est trop faible pour avoir un effet suffisant, on peut l’augmenter autant que nécessaire, sans jamais toucher à votre pouvoir d’achat. Pas de quoi énerver un «gilet jaune»!

La fin de la magie?

C’est précisément ce que n’a pas fait Macron. Il pourrait faire beaucoup mieux. Par exemple, il serait judicieux de lier le dédommagement au niveau des revenus. Indemniser ceux pour qui la hausse du prix de l’essence n’est pas vraiment punitive, les revenus élevés, est inutile. Dans ce cas, il resterait de l’argent.

Toujours dans l’idée de ne pas tout mélanger, cet argent pourrait être utilisé pour subventionner les transports publics, surtout dans les zones rurales, ou bien pour soutenir la recherche et le développement des technologies qui utilisent les ressources renouvelables. Ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est ce que Macron a promis pour calmer les «gilets jaunes»: annuler l’effet incitatif recherché en distribuant des «chèques énergie» proportionnels à la consommation d’énergie ou encore subventionner l’achat de nouvelles voitures moins polluantes – même les voitures électriques sont polluantes puisqu’il faut bien produire de l’électricité.

Le plus inquiétant, c’est que Macron, qui avait fait un sans-faute, ou presque, durant sa première année riche en réformes, commette tant d’erreurs sur un sujet aussi bien connu. Est-ce la fin de son apparente magie? Est-ce l’influence de conseillers peu compétents? Est-ce déjà la fatigue du pouvoir?

Publicité