éditorial

La globalisation retrouvée morte dans une benne à ordures

ÉDITORIAL. La Chine décrète un moratoire sur l’importation de déchets et tout à coup le monde se rend compte qu’il ne peut plus envoyer ses poubelles pour rien à l’autre bout de la planète

L’ère de la globalisation arrive à son terme. Le phénomène qui a façonné le développement du monde et sa géopolitique ces dernières décennies démontre aujourd’hui par l’absurde qu’il est à bout de course. Repousser sur des territoires lointains les tâches les moins gratifiantes de notre système de production crée des situations dramatiques. Ces «externalités négatives», comme les nomment pudiquement les spécialistes, deviennent insupportables tant pour nos consciences que pour nos économies elles-mêmes. A ce jeu-là, l’environnement est à chaque fois perdant.

Depuis vingt ans, nous feignons de croire que «la Terre est plate». C’est ce qu’affirmait un livre qui a fait fureur au début des années 2000 en démontrant le potentiel de croissance d’un monde assuré d’avoir acquis une fluidité totale de ses échanges commerciaux. Le traitement de nos déchets a ainsi suivi cette logique. Ils ont été s’échouer chez le plus offrant au prix d’un transport par bateau qui ne pèse rien dans la facture.

Mais aujourd’hui, ce grand carrousel se grippe. Plus aucun pays ne veut de nos vieux t-shirts depuis que la filière textile produit des vêtements quasiment pour rien. Quand la Chine décrète un moratoire sur ses importations de déchets, des communes américaines se retrouvent avec des tonnes de détritus sur les bras qu’elles ne savent plus gérer. Alors que des pays en Afrique et en Asie se positionnent déjà pour récupérer ce marché et devenir la nouvelle poubelle du monde, il est temps de s’interroger sur le bien-fondé d’une telle logique.

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La France vient de décider d’interdire aux grandes enseignes – Amazon en tête – de détruire leurs invendus. Lorsqu’un Etat se retrouve à dire aux acteurs privés qu’ils jouent avec le feu en transformant leurs propres produits en déchets sans passer par une phase de consommation, c’est que le système marche sur la tête.

Celui qui pollue doit payer et ne pas être soulagé du prix des ressources sacrifiées. La Suisse n’en est pas encore à exporter en masse ses déchets. Mais celle qui s’est longtemps considérée comme un modèle au milieu de l’Europe a vu d’anciens cancres la dépasser. Il est temps de devenir exemplaire dans le soin apporté aux ressources naturelles. Au risque sinon de perpétuer un système qui subsiste en se nourrissant de ses propres déchets.

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