Est-ce le faux pas de trop, cette vidéo? En tout cas, «la gauche se met en ordre de bataille», selon 24 Heures. Car «il est plus dangereux que le virus», dit-elle. Au Brésil, les manifestations ne cessent plus contre un président d’extrême droite coupable d’une gestion calamiteuse de la pandémie, laquelle a dépassé le demi-million de morts, racontait Le Monde à la fin du mois de mai.

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Et puis il y a le sénateur Alessandro Vieira qui «dénonce l’inertie du gouvernement et une politique de mensonge face à la crise sanitaire», renchérit Libération. Et un chef d’Etat condamné il y a une dizaine de jours à une amende de 108 dollars «pour avoir participé sans masque ni mesures sanitaires à une manifestation de motards dans l’Etat de São Paulo», indiquaient les agences de presse… Et maintenant, quoi d’autre, donc? «Furioso», dit la Folha de S. Paulo. Il sort «de ses gonds lors d’un point presse» en demandant à une journaliste de «la fermer» et en qualifiant de «merde» le groupe Globo, le plus grand conglomérat de médias du pays.

On parle donc bien ici de Jair Bolsonaro, qui vient à nouveau de se distinguer ce lundi par cette apostrophe qui restera dans les annales: «La ferme! Vous êtes des salauds. Vous faites un journalisme pourri, qui ne sert à rien. Vous détruisez la famille brésilienne, la religion brésilienne», a-t-il crié, hors de lui, à une journaliste de TV Globo qui lui posait une question sur le port du masque, à l’issue d’une cérémonie militaire à Guaratingueta, dans l’Etat de São Paulo, expliquent encore les agences.

Celle-ci lui rappelait justement qu’il s’était vu infliger des amendes dans plusieurs Etats pour avoir pris part à des rassemblements sans masque de protection. Sa réponse: «Je vais où je veux comme je veux, d’accord? Si vous ne voulez pas porter de masque, n’en portez pas», a-t-il poursuivi, avant de retirer le sien soudainement. «Voilà, vous pouvez mettre ça dans votre journal télévisé: je ne porte pas de masque à Guaratingueta! Tu es contente, maintenant?» a ajouté celui qui n’a cessé de s’en prendre aux médias, notamment au groupe Globo, depuis le début de son mandat en janvier 2019.

«Globo, c’est de la presse de merde […]. Ceux qui regardent [cette chaîne] sont victimes de désinformation. Vous devriez avoir honte», a-t-il poursuivi. La télévision en question lui a ensuite répondu par communiqué que «ce n’est pas avec des cris ou de l’intolérance que le président va empêcher ou limiter le travail de la presse». Celui-ci a aussi critiqué la chaîne CNN Brasil, qui aurait selon lui «fait l’éloge» des manifestations anti-Bolsonaro qui ont rassemblé des milliers de personnes dans toutes les grandes villes brésiliennes samedi dernier.

Ce n’est pas non plus la première fois que Jair Bolsonaro intimide des journalistes. «J’ai envie de te fermer la gueule à coups de poing», avait-il répondu en août 2020 à un reporter du quotidien O Globo qui l’interrogeait sur des rumeurs de versements suspects sur le compte de son épouse. Un peu avant, en janvier, il avait affirmé que les journalistes étaient «une espèce en voie de disparition».

Rappelons aussi, comme le faisait le site Eurotopics.net il y a une année déjà, que le président a qualifié à plusieurs reprises le Covid-19 de «petite grippe» et la pandémie de «mise en scène des médias». Le Brésil, depuis, c’est la zone rouge vif du coronavirus. Mais il y a encore plus à craindre: l’hebdomadaire de centre gauche Istoé, titrait en une de son édition du 11 juin, reprise par Courrier international: «La préparation du coup d’Etat». Sa thèse: Bolsonaro serait peut-être «en train d’ourdir un putsch en cas de défaite à la prochaine élection présidentielle» à la fin de 2022.

La démocratie en péril

«Ces mots en noir et rouge apparaissent encadrés par des rangers et un treillis de militaire, avec, en arrière-plan, les bâtiments du Congrès de Brasilia sous un ciel crépusculaire. Une illustration en adéquation avec le ton inquiétant du sous-titre»: «Le gouvernement Bolsonaro prépare le terrain pour se maintenir au pouvoir par la force», et jamais la démocratie n’a «été autant en péril depuis les heures sombres de la dictature», de 1964 à 1985.

Istoé liste plusieurs événements jalonnant cette «marche vers le putsch». Par exemple, un général qui «a violé le règlement de l’armée interdisant aux militaires d’active de se prononcer sans autorisation sur des sujets politiques» et qui a ensuite été couvert par la présidence. Un «moment d’inflexion» qui montre une armée «pas encore préparée à l’exercice de son rôle constitutionnel», estime le magazine.

L’armement croissant de la population

«Et puis il y a les bataillons de la police militaire rattachés aux Etats fédérés, au sein desquels des groupes semblent plus sensibles aux intérêts du président qu’aux ordres des gouverneurs», alerte Istoé. Le média souligne par ailleurs l’armement croissant de la population grâce à une législation plus permissive, «ce qui dans la pratique favorise la formation de groupes paramilitaires». Depuis plusieurs mois, le président brésilien répète avoir été victime d’une fraude lors du scrutin présidentiel de 2018, où il aurait selon lui dû être élu dès le premier tour.

C’est la raison par laquelle il justifie sa volonté de revenir au vote avec des bulletins en papier, un projet actuellement étudié en commission parlementaire, rappelle l’hebdomadaire. Son idée? Instiller le doute «sur la régularité du processus en cas d’un score défavorable au président l’an prochain, scénario qui s’avère de plus en plus probable». D’ailleurs, Jair Bolsonaro a déjà annoncé ceci, conclut Istoé:

Il n’acceptera aucun résultat si ce n’est celui de sa victoire


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