Google était jusqu’à présent un géant. Mais un géant dont le terrain de jeu se limitait au numérique. La multinationale n’était entrée dans le monde réel qu’à la marge, en exploitant les données GPS des smartphones. Mais depuis quelques jours, son emprise s’étend. La société est capable de faire un lien entre un clic sur l’une de ses publicités et un achat par carte de crédit dans un magasin physique. Et cela change tout: les internautes commençaient à s’habituer à voir tous leurs gestes mesurés et analysés en ligne. Désormais, Google étend sa surveillance à tous les supermarchés, boutiques, restaurants, musées, stations-service…

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Ce changement fondamental illustre deux évolutions majeures. D’abord au niveau de ce qui se passe aux Etats-Unis. Si Google peut savoir ce que font les Américains dans les magasins, c’est parce que la société a accès à 70% des transactions effectuées via les cartes de crédit et de débit. La législation américaine est si permissive qu’elle autorise la revente des données des transactions effectuées par carte de crédit à des tiers.

Aucun contre-pouvoir solide

Des tiers aussi puissants que Google peuvent ensuite faire ce qu’ils veulent de ces données, si précieuses, si intimes aussi. Bien sûr, la société affirme que la sphère privée sera préservée. Mais elle profite d’une lame de fond puissante aux Etats-Unis. Il y a trois mois, le Congrès américain cassait une loi votée sous Barack Obama – mais pas encore en vigueur – qui contraignait les fournisseurs d’accès à Internet à demander l’accord de leurs clients avant de revendre leurs données financières, de santé ou encore de géolocalisation. Le signal est clair: les données personnelles deviennent une marchandise comme une autre, monnayable à n’importe quel prix. L’Union européenne et la Suisse, toutes deux en train de réviser leur législation sur les données, doivent exiger beaucoup plus de transparence de la part de ces acteurs.

La deuxième évolution qui frappe, c’est la facilité avec laquelle Google étend ainsi son territoire. Quelques associations de défense des internautes émettent des réserves. Et c’est tout. La multinationale ne fait face à aucun contre-pouvoir solide. On en vient à espérer que d’autres sociétés friandes de données, telles Facebook et Amazon, forcent Google à se montrer plus transparent en offrant elles-mêmes plus de clarté sur leurs propres pratiques.