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Quand Google dit non

La décision de Google de fermer son moteur de recherche internet en Chine fera date. Mais quel impact cette mesure, prise au nom de la liberté d’expression, aura-t-elle sur les Chinois?

La fermeture par Google de son moteur de recherche sur Internet en Chine, justifiée par son refus de se plier davantage à la censure gouvernementale, devrait faire date. Car il faut un certain courage aujourd’hui pour rejeter les règles imposées par la plus grande dictature capitaliste. Cette décision est de nature à ébranler quelque peu les certitudes du pouvoir chinois trop longtemps habitué à voir les entreprises étrangères jouer le rôle de relais de sa propagande auprès de leurs actionnaires et des opinions publiques étrangères. Le dégât d’image est clair, comme le relevait mardi un internaute chinois: désormais la Chine est le seul pays où Google est absent aux côtés de l’Iran et de la Corée du Nord.

Google aurait-il pris, en réalité, cette décision en raison de critères purement économiques, son moteur de recherche ne parvenant pas à s’imposer face à ses concurrents chinois? On ne peut pas l’exclure. Rappelons toutefois que Google concentre près de 30% des recherches sur le plus grand bassin d’internautes au monde. Mieux, ses utilisateurs sont issus des élites chinoises, y compris de nombreux cadres du Parti communiste. Son influence est bien plus grande que ce que peuvent laisser percevoir les chiffres.

Mais l’essentiel est ailleurs. Il est dans le fait que Google stoppe son activité au nom de la liberté d’expression. Seule une compagnie dans le passé s’était retirée de Chine en invoquant des problèmes de droits de l’homme: Levi Strauss en 1993. Elle y est retournée en 2008, il est vrai.

Sans boycotter la Chine, Google prend une mesure à la portée symbolique très forte. Mais quels en seront les effets? Chez les internautes chinois, il y a ceux – les nationalistes chauffés à blanc par les médias – qui raillent une décision dictée par l’«impérialisme américain» qui ne fera que renforcer les opérateurs locaux. Il y a ceux qui regrettent un retrait qui menace de transformer la Chine en un immense «intranet» contrôlé par le PC. Et il y a ceux qui se félicitent de ce grand pas pour briser le carcan imposé à la libre circulation de l’information qui devrait accompagner la libre circulation des marchandises.

Zhang Chaoyang, le directeur de Sohu – le deuxième portail internet du pays – ,expliquait il y a peu que pour rivaliser avec les Etats-Unis, la Chine avait besoin de deux choses: plus de compétition et de marché et plus de limitation au pouvoir. Le retrait de Google va signifier moins de compétition et témoigne de l’emprise grandissante du pouvoir sur les médias. De ce point de vue, c’est bien une défaite pour les Chinois.

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