Le président exécutif de Google, Eric Schmidt, a annoncé la mise au point d’une nouvelle technologie qui permettra au groupe de bloquer un grand nombre de recherches de pornographie pédophile sur Internet, dans une tribune publiée lundi par le quotidien britannique Daily Mail. Selon lui, le moteur de recherche sera expurgé des résultats de plus de 100 000 types de recherches. Les restrictions s’appliqueront dans un premier temps aux pays de langue anglaise, mais s’étendront dans les six mois au reste du monde et à 158 autres langues.

Dans ce texte, Schmidt indique qu’«au cours des trois derniers mois, Google a mobilisé plus de 200 salariés» sur ce développement, qui aboutit au fait que «des avertissements figurent maintenant en tête des résultats pour plus de 13 000 recherches, précise Bilan. Ces alertes indiquent clairement que l’abus sexuel des enfants est illégal et donnent des conseils et des adresses pour obtenir une aide.»

Sommet au 10 Downing St.

L’annonce de ces mesures censées satisfaire les autorités est faite juste avant le sommet sur la sécurité d’Internet qui se tient ce lundi dans les bureaux de David Cameron (@David_Cameron sur Twitter) à Downing Street. Celui-ci réunira Google, Microsoft et d’autres entreprises du Net. En juillet dernier, le premier ministre britannique, explique Slate.fr, avait déjà décidé de s’attaquer sérieusement à ce fléau qui «corrompt l’enfance», en exigeant des fournisseurs d’accès un filtre contre le porno en général, par défaut, lors de chaque nouvelle ouverture de compte, qui ne pourrait être retiré que par le propriétaire adulte du compte. Lequel devrait avoir fait son choix d’ici la fin de 2014.

A ce moment-là, le Daily Mail avait annoncé que Cameron allait aussi interdire la possession de «pornographie extrême», comme les scènes de simulation de viol, qui «normalisent la violence sexuelle contre les femmes et empoisonnent les jeunes qui les regardent». Ce tabloïd conservateur faisait alors campagne depuis plusieurs mois contre la pornographie sur Internet, en indiquant qu’«un tiers des enfants» y avaient accès «avant l’âge de 10 ans».

Déjà, Terre des hommes…

«Nous avons réglé Google Search avec précision pour empêcher de faire apparaître dans nos résultats les liens vers les abus sexuels infligés aux enfants», prétend Schmidt (@ericschmidt sur Twitter), mais «même si aucun algorithme n’est parfait – et Google ne peut pas empêcher des pédophiles d’ajouter de nouvelles images sur le Web – les changements obtenus ont donc permis de nettoyer les résultats de plus de 100 000 demandes potentiellement liées à des abus sexuels d’enfants».

Le site Boursorama en profite pour rappeler que «début novembre, Terre des hommes a piégé quelque 20 000 «prédateurs» grâce à Sweetie,

une fillette philippine créée virtuellement offrant de se livrer, contre de l’argent, à des actes sexuels devant une webcam». L’ONG, qui avait alors pu identifier des hommes issus de 71 pays, en avait appelé «à une action vigoureuse des autorités judiciaires et politiques». A ce moment-là, six dossiers de ce type seulement avaient abouti dans le monde entier.

Ensuite, le droit d’auteur?

Reste «maintenant à voir si ces pas en avant satisferont le premier ministre britannique, qui avait clairement annoncé qu’il était prêt à légiférer si jamais les efforts consentis par les géants d’Internet […] n’étaient pas suffisants à ses yeux», prévient le site spécialisé PC Inpact. Et d’ajouter que «cet élan sera, quoi qu’il en soit, surveillé de près par les ayants droit, dont certains aimeraient bien voir Google faire preuve d’autant de bonne volonté en matière de lutte contre les atteintes» au droit d’auteur.

The Verge, ce site américain qui traite de l’actualité technologique, de l’information et des médias, précise qu’en matière de pédophilie, des humains seront évidemment nécessaires pour distinguer les images illicites des innocentes scènes d’enfants dans leur bain photographiés par leurs parents, par exemple.

Le problème du Deep Web

Quant à la BBC, elle cite un rapport du Child Exploitation and Online Protection Centre de la police criminelle britannique qui fait observer que la pornographie infantile est accessible par les moteurs de recherche, certes. Mais, comme l’expliquent également le Guardian et le site Rue89, elle est aussi très présente dans les réseaux d’échanges pair-à-pair ou dans le Deep Web, la face immergée de l’iceberg numérique, protégée par des logiciels qui garantissent l’anonymat et échappent bien entendu à Google.

Dans cette zone de non-droit où l’on n’accède que par le logiciel TOR et que vient de découvrir l’émission Envoyé spécial de France 2 dans un reportage saisissant, mais qui en dit long sur les difficultés de la traque aux pédophiles en liberté, aux marchands d’armes, aux garages à bombes artisanales…

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