Plus bêtes que des bêtes. Les antispécistes ont raison. Ce mouvement prétend que la discrimination entre l’homme et l’animal est injuste et milite pour son abolition. Pourquoi ont-ils raison? Parce que des milliers d’internautes ont prouvé qu’ils étaient plus stupides que la plus demeurée des dindes.

J’aimerais comprendre comment un des mes semblables peut exiger qu’une mère soit tenue pour responsable d’une seconde d’inattention dans toute une vie de soins. Ce qui s’est passé au zoo de Cincinnatti le 28 mai dernier est triste. Abattre un gorille parce qu’un bambin est tombé dans son enclos et risque de finir éclaté est malheureux. On a tous dans la tête l’alliance magique qui unissait Tarzan aux primates et l’on ne peut s’empêcher de penser que le grand singe aurait pris soin du petit humain.

Oui, mais non. Le risque était trop grand, la direction du zoo a tranché et, très raisonnablement, a abattu la source du danger. L’acte I est malheureux, le II terrifiant. Après cet accident, une partie du Web s’est déchaînée contre la maman. Qui a bien sûr été accusée d’être la cause de l’événement. Acte III, soulagement: ce lundi, le procureur du comté de Hamilton a annoncé que la mère ne serait pas poursuivie, car elle n’a «aucunement agi de sorte à mettre son fils en quelconque danger».
Quatre enfants, un buisson. Un petit futé qui se faufile dans la végétation et tombe dans la fosse aux gorilles, aux loups, aux lions. D’instinct, on aurait tendance à dire que c’est l’enclos qui n’est pas assez sécurisé. Mais peu importe, au fond. Des accidents arrivent et, lorsqu’il faut trancher entre une vie humaine et une vie animale, l’éthique actuelle n’hésite pas. On protège Tarzan, on abat Cheetah. Juste choix. Que tout le monde ne ferait pas.

Je connais, on en connaît tous, des déçus de l’individu, qui font le choix du chien. Très tranquillement, ces toqués canins disent que s’ils devaient choisir entre la vie d’un humain et celle d’un chien – et pas forcément leur chien! – ils sauveraient l’animal. Médor forever. Ça fait peur. Et ça raconte la faillite d’une civilisation en terme de lien. Car non, bien sûr, les antispécistes n’ont pas raison. Même si certains singes partagent 99% du capital génétique humain, l’homme reste une espèce à part. Une espèce plus sadique peut-être, moins attachante sûrement, mais plus élaborée, singulière et passionnante. O vous, frères humains, ne m’enlevez pas l’envie de croire en votre, notre supériorité de destin!

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