Charivari

GOT? Pas pour moi, et vous?

OPINION. Notre chroniqueuse n’a pas regardé un seul épisode de «Game of Thrones». Et s’amuse du décalage social et du questionnement que cette lacune crée

Je n’ai jamais vu un épisode de Game of Thrones. Et je n’ai lu qu’un seul article consacré à cette saga – celui, très instructif, de ma collègue Virginie Nussbaum sur la culture du viol qui sévit dans la série. Autant dire que, depuis quelques semaines, je flotte dans un monde parallèle, une nébuleuse opaque, une galaxie à part. Car, partout, tout le temps, dans nos pages et dans les discussions, ce temple de la pop culture suscite papiers et commentaires que je pressens inspirés, à commencer par la guerre entre les pro- et les anti-spoilers – oui, il y a des gens qui aiment briser le suspense pour, sous la couche du récit, regarder l’objet plus en profondeur.

Je n’ai jamais vu un épisode de Game of Thrones, GOT pour les intimes, et, donc, je ne sais pas comment s’appelle la jeune femme aux cheveux blonds qui semble avoir une sacrée connexion avec les dragons. De même, j’ignore le nom et l’importance du personnage nain qui apparaît sur la plupart des clichés. Je sais, pour ceux qui savent, cette ignorance crasse fracasse, mais c’est la vérité.

Mais pourquoi, pourquoi?

Ce que j’ai pu constater dans les conversations de salon? Que le pire n’est pas d’avoir manqué la série qui fascine les foules et arrive à son terme. Le pire, c’est de ne pas pouvoir dire pourquoi je l’ai manquée, d’autant que je regarde un paquet d’autres séries bien moins cotées. On tente des explications. Certains pensent que c’est lié à mon rejet de la violence. Comme j’ai une licence universitaire en histoire médiévale, d’autres imaginent que je suis agacée par cette saga qui vole plutôt qu’elle ne donne du crédit au Moyen Age, période beaucoup plus éclairée qu’on continue à le penser. Ou encore, que c’est trop long, trop répétitif pour, je cite, «quelqu’un de speed comme toi».

Gaie comme un pinson

Il y a sans doute du vrai dans chacune de ces raisons. Et, d’ordinaire, je suis la première à chercher les fondements de toute action. Mais là, j’avoue, j’aime bien passer pour la patate (douce) qui a simplement loupé le train de l’histoire. J’aime bien sentir la saveur d’un jour de plus sans GOT et imaginer ce qu’il serait, ce jour, si j’avais mordu à l’hameçon. Car, c’est prouvé, les séries influencent notre vision du monde. Et quand on me raconte que GOT aligne meurtres, incestes, complots, viols et autres trahisons, je me sens gaie et légère comme un pinson.


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