Confrontés à des tensions sociales et financières majeures, à des défis migratoires complexes, François Hollande, Angela Merkel et Matteo Renzi ont au moins un rendez-vous festif à leur agenda cette année: il est en Suisse. Les leaders des trois grands Etats signataires du Traité de Rome, qui a donné naissance à ce qui est aujourd’hui l’Union européenne, fêteront mercredi l’ouverture du tunnel de base du Gothard dans un pays qui refuse de faire partie du club.

En ouvrant cette nouvelle ligne souterraine rapide neuf ans après le Lötschberg, la Suisse montre qu’elle a tenu parole. Lorsqu’elle a péniblement négocié la taxe poids lourds avec l’UE pour en faire l’un des piliers du financement de ses méga-tunnels, elle a promis qu’elle lui offrirait un axe nord-sud renouvelé, moderne et efficace. C’est fait.

Le Gothard, c’est la pierre que la Suisse apporte à l’édifice européen. Sa réalisation cible l’un des objectifs poursuivis par l’ensemble des pays du continent: le transfert du trafic de la route vers le rail. C’est une contribution qui s’intègre parfaitement dans la stratégie de mobilité de l’UE.

Mais celle-ci a d’autres soucis plus fondamentaux aujourd’hui: la crise migratoire, le prochain vote britannique sur l’avenir continental du Royaume-Uni, la montée des forces nationalistes dans plusieurs Etats membres.


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Lorsqu’ils traverseront cette nouvelle galerie mercredi, les leaders politiques européens invités féliciteront bien sûr la Suisse d’avoir réalisé ce travail titanesque et tenu ses engagements. Mais leurs pensées seront accaparées par ces autres préoccupations. Par rapport à ces enjeux, le nouveau tunnel, aussi grandiose et impressionnant soit-il avec ses 57 kilomètres et les 28 millions de tonnes de roches qu’il a fallu extraire de la montagne, n’est qu’une toute petite pierre.

La présence de personnalités européennes de premier plan à l’inauguration du tunnel de base ne permettra pas de relancer des relations bilatérales bloquées depuis un certain 9 février 2014. Ce redémarrage ne sera envisageable qu’après le scrutin britannique du 23 juin.

Néanmoins, la cérémonie de mercredi prochain est l’occasion de rappeler, en Suisse et à l’étranger, que les nouvelles lignes ferroviaires alpines et la taxe poids lourds qui les finance sont ancrées dans un accord bilatéral lié à celui de la libre circulation des personnes. Si l’un devait tomber, l’autre tomberait aussi. C’est aussi l’occasion de mettre en évidence la décision de la Suisse d’investir elle-même sur le territoire italien afin d’assurer la continuité du nouvel axe ferroviaire nord-sud. C’est en ce sens qu’elle peut faire du Gothard un atout pour les discussions à venir. Elle n’en a pas beaucoup.

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