Le changement d’horaire des CFF prévu le 11 décembre a cette année une portée majeure avec la mise en service du tunnel de base du Gothard. Une révolution pour la clientèle annoncent les CFF. Mais l’enjeu principal concerne les marchandises. Car c’est dans le but de réduire le nombre de camions transitant par les Alpes que cette infrastructure a été construite.

La pression du trafic des marchandises

Au début des années 90, la pression du trafic international des marchandises entre le Nord et le Sud de l’Europe est forte, le nombre de camions croît au détriment du rail. C’est dans ce contexte qu’est acceptée l’initiative des Alpes en 1994, afin de protéger les régions alpines contre le trafic de transit. L’objectif est fixé à 650’000 camions par an dans les Alpes. La Suisse met en place une politique de transfert du trafic des marchandises innovante. D’une part, elle introduit la RPLP, première redevance proportionnelle à la distance, au poids et aux émissions polluantes. D’autre part, elle investit massivement pour développer l’infrastructure et rendre le rail plus concurrentiel. Les tunnels du Lötschberg et du Gothard permettent de réduire le dénivelé, diminuer le temps de parcours et augmenter la capacité du rail.

Cette politique porte ses fruits: le nombre de camions diminue régulièrement et le rail a gagné en attrait, il transporte plus du double de marchandises que la route. Selon les tendances, nous devrions pour la première fois cette année passer en dessous du million de camions. Une situation que nous envient les autres régions alpines. Le col autrichien du Brenner subit plus de 2 millions de camions par an, un nombre qui ne cesse d’augmenter. Mais le nombre de camions reste bien en dessus de l’objectif que la Suisse s’est fixé, au détriment de la qualité de vie dans ces vallées, où se concentrent les pollutions, et fragilisant l’environnement alpin, déjà soumis à de fortes contraintes.

Les nouvelles capacités promises par le Gothard sont importantes. Le nouveau tunnel permet un gain de 32 millions de tonnes dès 2017, alors que 38.5 millions de tonnes de marchandises ont traversé les Alpes suisses en 2014. La Suisse a donc les capacités ferroviaires pour atteindre son objectif. Toutefois, le Conseil fédéral tergiverse et doute que cet objectif puisse être réalisé.

Trois mesures d’accompagnement possibles

Nous considérons qu’après les efforts et les montants colossaux investis pour percer le Lötschberg et le Gothard, la Suisse doit veiller à leur pleine utilisation. Le transfert ne se fera pas tout seul, il faut prendre des mesures d’accompagnement, en voici trois possibles. Tout d’abord, il faut développer la Redevance sur le trafic des poids lourds liée aux prestations (RPLP). Pour un camion, traverser la Suisse reste moins cher que payer le péage du tunnel du Mont-Blanc! Nous soutenons le projet des régions alpines européennes d’introduire une redevance spécifique au transit alpin. Elle pourrait compléter la RPLP.

Ensuite, nous demandons la mise en place des mesures pour améliorer le contrôle des poids lourds. Trop de camions internationaux traversent la Suisse en violant nos prescriptions, comme en témoignent les rapports de la police cantonale d’Uri. Certains transporteurs européens se permettent des économies au détriment de la sécurité routière. Actuellement, il n’y a pas de contrôle systématique pour le trafic provenant du Sud, cette lacune doit être rapidement comblée.

Finalement, nous considérons que le transport des marchandises dangereuses ne devrait plus être autorisé par les routes des montagnes, comme c’est actuellement le cas au Simplon. Le rail est un moyen de transport plus sûr et ses capacités sont suffisantes, lorsque la production locale n’est pas envisageable.

Encourager la politique de transfert

La Suisse peut être fière de la politique de transfert exemplaire qu’elle a mis en place pour convoyer les marchandises par-delà les Alpes. Mais les enjeux à venir restent importants, les tonnages transportés continuent de croître. Pour la qualité de vie dans les régions alpines et pour agir contre le réchauffement du climat, il est impératif d’accompagner la mise en service de la ligne ferroviaire du Gothard de mesures soutenant le transfert du trafic par le rail.


Mathias Reynard, conseiller national, membre du comité de l’Initiative des Alpes.

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