Ce mercredi matin, le gouvernement vaudois présentait son bilan, exercice devenu incontournable dès lors que la nouvelle Constitution, entrée en vigueur en 2003, a rendu obligatoire l’établissement d’un programme de législature sur lequel l’exécutif doit rapporter. Evidemment, l’exercice ressemble à un satisfecit annuel, chacun et chacune énumérant ses réussites (il y en a effectivement) et glissant pudiquement sur ses échecs, c’est humain.

Le président du cénacle, le socialiste Pierre-Yves Maillard, s’est félicité de la philosophie de «compromis dynamique» ayant régné parmi les sept conseillers et qui, selon lui, est la clé du succès vaudois. Pour rappel, l’exécutif actuel est majoritairement à gauche depuis cinq ans, alors que les trois législatures précédentes étaient de droite. Les élections de ce printemps auront à trancher sur la composition à venir.

L’arbre qui cache la forêt

A entendre les commentaires, il semble que d’autres cantons envient les Vaudois, capables de gouverner sans se prendre le bec et de gérer avec sagesse leur canton riche et prospère. L’exemple du succès de la RIEIII vaudoise, contrastant avec l’échec récent du texte fédéral, est venu entretenir la légende. Mais il ne faut pas se leurrer car ce succès tient à une situation particulière: le ténor de la gauche, en désaccord avec son parti, était d’accord avec Pascal Broulis, son homologue de droite, sur la nécessité de réformer l’imposition des entreprises, et il a habilement troqué cette baisse fiscale contre toute une série de prestations sociales supplémentaires.

Pourtant, ce vote est l’arbre qui cache la forêt et il ne faut pas croire que les Conseillers d’Etat vivent sereinement dans une communauté de pensées et de décisions. Que leur tempérament et leur respect de la fonction les empêchent de laver leur linge sale en public, il faut les en remercier, mais le fameux compromis s’arrête là. Pour le reste, il est évidemment improbable que les élus de droite soient en phase avec la politique imposée par la nouvelle majorité rose-verte.

Caisses pleines

La preuve du retour aux vieux démons de la gauche a été administrée en trois temps. Dès 2014, la dette qui avait été drastiquement réduite pendant les législatures de droite, a recommencé à grimper et elle a doublé entre 2013 et 2016. En 2015, c’est le déficit structurel qui s’est installé avec une croissance des charges plus importante que celle des revenus. En 2016 enfin, les dépenses sociales, forcément pérennes, sont devenues le premier poste des dépenses de l’Etat, avant la formation qui tenait le podium jusqu’ici. Tout un symbole!

Dès lors, il faut inverser l’analyse et admettre que ce n’est pas la politique consensuelle du gouvernement vaudois qui explique la prospérité du canton mais plutôt que cette prospérité explique l’harmonie gouvernementale. En effet, la droite et la gauche ne peuvent s’entendre que lorsque les caisses sont pleines et que les dépenses, toutes les dépenses, sont possibles. Celles voulues par la droite comme celles voulues par la gauche! Au contraire, quand les finances sont exsangues, les batailles sont rudes, au législatif pour commencer, mais aussi dans les exécutifs. Ainsi, contre toutes attentes, c’est l’économie qui, en remplissant les caisses de l’Etat, autorise cette «paix des ménages» dont s’enorgueillissent les Vaudois. En satisfaisant aux besoins des deux bords politiques, elle permet ipso facto une politique de consensus.

Sain principe

Pourtant, au moment de renouveler ses autorités cantonales ce printemps, le peuple ne devra pas se laisser endormir par les apparences en pensant que, majorité de gauche ou majorité de droite, tout baigne à l’identique. Dans un contexte économique incertain, alors que les rentrées de l’impôt sur le revenu diminuent et que la RIEIII cantonale sera mise en application avant la fin de la décennie, le corps électoral a tout intérêt à renverser la majorité, selon le sain principe qu’il faut bien que la droite remplisse les caisses avant que la gauche puisse les vider.

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