Eh bien voilà, c’est fini. La Pologne et l’Ukraine ont rempli leur contrat: une superbe compétition de l’avis de tous. Et l’équipe d’Espagne la mission qu’elle s’était fixée: entrer dans la légende, comme le dit l’ensemble des journaux, puisqu’elle a fini par les remporter, ces trois grandes compétitions internationales d’affilée: Euro-Mondial-Euro. Qui dit mieux, maintenant?

Alors le quotidien sportif ibérique Marca n’a que ces trois mots à la bouche: «¡Gracias, gracias, gracias!» Pure euphorie, donc, comme dans tout le reste de la presse espagnole, qui salue chapeau bas la victoire de la Roja dimanche face à l’Italie (4-0) en finale de l’Euro 2012 à Kiev: «L’Espagne a enfin sa triple couronne», elle «met une nouvelle fois le continent du football à ses pieds». Et d’en rajouter: «L’équipe de Vicente del Bosque a été infiniment supérieure à sa rivale.»

La «symphonie finale»

«¡Tricampeones!» s’exclame pour sa part son confrère et néanmoins concurrent As: «Vienne, Johannesburg, Kiev», résume La Vanguardia. C’est le milieu relayeur Xavi qui a «dirigé la symphonie finale», titre non sans chauvinisme régional El Periódico de Catalunya. Mais les joueurs de Barcelone méritent bien cela.

Car «ils sont simplement les meilleurs», ceux qui viennent de décrocher cette «triple corona», comme l’écrit en immenses caractères le quotidien El País: «Après un match mémorable, la Roja écrase l’Italie», au terme d’«un spectacle pour l’éternité», dit-il encore. Tandis que pour El Mundo, qui fait sa propre revue de presse internationale, on a bien affaire à des «¡campeones de leyenda!» – faut-il traduire? Cette Espagne-là a, selon lui, «changé le football», le journal en loue «le style» (celui du Barça!) et «la possession du ballon». C’est «un modèle que tous veulent imiter». Non sans oublier que le ballon rond représente «l’opium du peuple par ces temps d’asphyxie», en allusion à la crise économique que traverse l’Espagne. Aujourd’hui, elle aurait bien tort de ne pas tresser des louanges à cette «poignée de sportifs sans égale, moulée à partir d’un gène gagnant, dirigée par un entraîneur aux fermes convictions».

Voilà pour les heureux. Et puis il y a les autres, ceux de la Squadra. Dans un registre étonnamment similaire, La Repubblica dit: «Italia, grazie lo stesso» («Italie, merci quand même»), qui célèbre, belle joueuse, l’entrée de «l’Espagne dans l’histoire». Les Azzurri s’inclinent? Oui, face à ces «grands d’Espagne» – selon le titre de la Gazzetta dello sport – «épuisés» qu’ils sont arrivés à la finale, après une campagne magnifique elle aussi, qui s’achève sur ces «lacrime amare», ces «larmes amères». «Italie, la fin d’un rêve», note de son côté le Corriere dello sport, rageant sur ce jeu terminé à 10 face à 11 génies qui ont «tué» les Transalpins, écrivent de concert Tuttosport et Il Sole-24 Ore.

«L’Espagne est immense», est bien obligé de reconnaître Il Giornale, et «le rêve de l’Italie part en fumée», évidemment, titre La Stampa. Quelle «déception», se lamente le Corriere della sera, mais que faire contre la «Furie rouge»? se désespère Il Messaggero, qui en fait à nouveau la «reine d’Europe», écrit L’Unità. C’est qu’il y a une simple vérité: «l’étanchéité», constate Il Foglio. ET au bout du compte, quel match, mes aïeux.

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