Sous mon sein, la grenade

Du graff à l’urne, il n’y a qu’un pas

OPINION. La campagne pour les élections fédérales bat son plein et notre chroniqueuse s’amuse des tags griffonnés sur les affiches électorales. Elle déplore néanmoins que les jeunes ne puissent davantage se frotter à l’instruction civique

On a bien tort de déconsidérer les gribouillis qui semblent dégrader les affiches électorales: ils sont l’avenir de la démocratie. Il y en a pléthore sur le chemin qui mène à mon bureau, et la proximité du vote semble booster la créativité des insolents. Il y a les classiques: la moustache un peu nazie rajoutée sur le visage d’un candidat de droite, les dents noircies de la fille de gauche, les propositions sexuelles insultantes, et les basiques du genre «voleurs et tous pourris» déclinés de mille manières. Passer et repasser devant les placards permet aussi de remarquer des évolutions, les bonnes idées bien potaches, et des constantes: pour garder un portrait libre de méchancetés, il vaut toujours mieux en 2019 être une candidate écolo de centre gauche qu’un candidat UDC aux cheveux en brosse. Tout le monde n’est pas à égalité face au gros feutre noir, certains prennent plus cher que d’autres.

C’est à la fois réjouissant et un peu désolant. Car qui rature un slogan, qui tatoue un candidat placardé témoigne bien d’un début d’engagement civique. Les indignations «Où sont les femmes?» et «Climate Killers» reflètent les préoccupations des graffeurs et j’y suppose la naissance d’un intérêt pour la chose publique qui mérite d’être encouragé. Dans toute vanne cocasse se lit l’ombre d’une volonté de se mêler concrètement à la vie démocratique. Mais l’instruction civique, la vraie? Celle qui permet d’apprendre à débattre et à s’engager n’a pas toujours très bonne réputation: on a toujours peur que les profs fassent de la politique en classe.

«Confirmation civique»

J’ai une part de mon cœur en Norvège et dans ce pays, la stratégie est tout autre. On propose aux ados une «confirmation civique». En 2019, plus de 12 000 d’entre eux ont été confirmés par la Fédération éthique humaniste, ce qui correspond à près de 20% des citoyens en herbe de 15 ans. Avant la cérémonie solennelle, des cours de pensée critique, d’humanisme et de droits humains leur sont dispensés, il en existe 900 dans tout le pays.

Ceci amène cela: sans la moindre amende (comme en Belgique par exemple), le taux de participation électorale norvégien est l’un des plus élevés d’Europe. Aux dernières élections législatives en 2017, l’abstention était de 21%, quand, en comparaison, la Suisse aux dernières élections fédérales s’abstenait à 51%. Je crois notre démocratie encore perfectible. De façon à ce que les malins qui gribouillent les affiches au gros feutre décident un matin de le remplacer par un crayon, pour cocher un bulletin de vote.


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