Hexagone Express

Du «grand débat» au «grand référendum»

OPINION. L’idée circule dans les couloirs du pouvoir français. Pourquoi ne pas convier les électeurs, le jour des élections européennes du 26 mai, à se prononcer sur quelques grandes questions tirées du «débat national» ouvert mardi par Emmanuel Macron?

Cette journée-là serait, à coup sûr, un moment de vérité pour l’Europe et pour la France. Imaginez la scène. La République printanière, ce 26 mai, a rendez-vous avec l’histoire. Dans toutes les mairies et tous les bureaux de vote français, deux rangées de bulletins attendent les électeurs.

D’un côté, les bulletins des listes présentées par les partis pour les élections européennes à la proportionnelle; 79 noms pour 79 postes d’eurodéputés à pourvoir au Parlement de Strasbourg. Avec, en guise de favori, l’ex-Front national – devenu Rassemblement national – qui, en 2014, s’était imposé comme le premier parti du pays, avec 24 sièges et 24,86% des voix.

Et, dans le rôle de celui qui a tout à perdre, le parti macronien La République en marche, assuré de payer cash la poussée populiste version «gilets jaunes», sauf si le «grand débat national» entamé mardi est parvenu à réconcilier les Français avec l’exécutif…

Grand rendez-vous européen

De l’autre, une pile d’un seul bulletin rempli de trois, quatre ou cinq questions tirées du fameux «grand débat». Une interrogation sur la fiscalité (exemple: faut-il créer un impôt spécifique sur les grosses successions?). Une question sur un sujet de société (exemple: l’introduction d’une loi sur la fin de vie volontaire, importée de ce qui existe en Suisse et en Belgique). Une proposition explosive en matière d’immigration (exemple: le parlement doit-il chaque année voter un quota d’immigrés?).

Tous ces sujets, évidemment, sont aujourd’hui fictifs. Personne ne nous les a soufflés. Mais il suffit de prêter l’oreille lors des marches des «gilets jaunes» ou de regarder les sept heures d’échanges avec les maires dans l’Eure présidées mardi par Emmanuel Macron, pour avoir une idée assez juste d’un échantillon référendaire. Lequel pourrait, d’ailleurs, faire l’objet préalable d’une consultation sous forme de sondage ou d’enquête nationale, pour ponctuer le «grand débat».

La formule du vote simultané, sur l’Europe et sur l’avenir de la France, aurait de sérieux avantages

La formule du vote simultané, sur l’Europe et sur l’avenir de la France, aurait de sérieux avantages. Le premier? Clore les deux mois de débat par une issue simple, compréhensible par tous et conforme aux désirs des Français qui, depuis le 17 novembre, plébiscitent l’idée d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC) dont l’introduction dans la Constitution pourrait être ainsi soumise au peuple.

Le deuxième? Emmanuel Macron éviterait ainsi le piège des référendums à question unique, qui se transforment toujours en France en vote sanction contre l’exécutif. Un embryon de démocratie directe verrait enfin le jour dans une Ve République corsetée par sa verticalité présidentielle.

Troisième avantage, enfin: la nature du scrutin pousserait sans doute vers le haut la participation, alors que les européennes sont traditionnellement boudées par les électeurs (42,4% de votants en 2014). La prime aux populistes, plus prompts à aller exprimer leur rejet de l’UE, se trouverait donc altérée. Ce référendum redeviendrait, par ce truchement, un grand rendez-vous européen.

Il faut un but

Choisir cette voie démocratique n’est bien sûr pas si simple, et surtout pas sans risques. La sélection des questions retenues s’annonce déjà terriblement compliquée, et leur formulation sera une autre bataille politique dantesque. L’inévitable question des critères retenus pour juger, ou non, de la validité des réponses (majorité simple des votants, majorité des inscrits, répartition géographique minimale des votants pour éviter que les métropoles décident pour le pays?) est un autre casse-tête.

S’y ajouteront ensuite deux questions inévitables: le sort politique du président de la République, et celui des élus au Parlement de Strasbourg. Difficile, pour ces derniers, de dissocier leur propre campagne des sujets nationaux mis sur le tapis par ce référendum. L’avenir de l’Europe, diront les puristes, se retrouverait une fois de plus otage des débats franco-français.

«Disruption démocratique»

Soit. Mais pourquoi ne pas tenter cette «disruption» démocratique? Emmanuel Macron a promis, rappelons-le, de «transformer la France» et il doit d’urgence, ces temps-ci, retrouver aux yeux de ses concitoyens une légitimité présidentielle. Tel est le but du «grand débat», dans lequel il entend s’impliquer et durant lequel il devra – s’il ne veut pas être chahuté dans les salles et dans les rues – faire preuve d’humilité et de vraie capacité d’écoute.

Mais débattre n’est pas une fin en soi. Il faut un but. Un objectif. Une garantie apportée aux Français que leur parole se traduira dans les faits. La formule du «grand référendum» n’est sûrement pas parfaite. Mais dans le climat de défiance actuelle, y réfléchir paraît plutôt logique.

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