Avec Saddam Hussein, il n'y a jamais de surprise. Sauf quand il provoque une guerre; mais aujourd'hui, il n'en a plus les moyens. Alors, s'il est acculé, le maître de Bagdad plie. L'acceptation de la résolution 1441 était donc attendue. La prochaine échéance, c'est le 8 décembre. Bagdad aura dû remettre à cette date la liste de toutes ses armes non conventionnelles, qu'il nie posséder. Le rebondissement de la crise est donc agendé pour dans trois semaines. Il faut mettre à profit cette pause pour se souvenir d'où on vient, et où on va.

L'Irak ne présente aujourd'hui pas un danger pressant et imminent. A l'été, tout le monde pensait ainsi, sauf la Maison-Blanche, qui a déclenché cette crise, avec un argument non négligeable: Saddam Hussein s'était mis hors du droit, en bafouant – comme d'autres – les résolutions des Nations unies. Déclenche-t-on une guerre pour ça? Non, on va au Conseil de sécurité pour une action décisive. C'est ce que ne voulait pas Washington, qui s'y est résolu sous pression intérieure et extérieure. Ceux qui avaient voulu et organisé, dès l'an passé, la montée de tension, avaient un autre projet. Dans les couloirs de la Maison-Blanche, au Pentagone et dans des boîtes à idées comme le Project for a New American Century, ils voulaient réviser la carte géopolitique du Proche-Orient. Depuis plus d'un demi-siècle, les Etats-Unis appuyaient leur présence contradictoire dans la région sur l'Arabie saoudite et Israël. Après la guerre du Golfe, cette configuration est devenue problématique. L'ancrage militaire américain chez les Saoudiens est devenu un chiffon rouge: il mobilise contre l'Amérique les Irakiens, leurs soutiens, les opinions et les réseaux violents. En outre, après le 11 septembre, les Saoudiens sont devenus bien moins fréquentables.

Pour sortir de cette impasse, les intellectuels armés de Washington ont imaginé une solution radicale: la chute du régime irakien, devenu une plaie purulente contaminant la région, et son remplacement par un gouvernement ami. Ce projet n'est pas vraiment abandonné, mais ce n'est pas celui de 13 des 15 Etats qui ont accepté la résolution 1441.

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