Alors que les derniers élèves suisses encore à la maison peuvent reprendre ce lundi matin le chemin du collège, l’heure est de tirer un premier bilan de l’expérience extraordinaire d’enseignement à distance menée dans les écoles depuis mars. Oui, elle est extraordinaire, au sens le plus littéral. Elle a dépassé, par son urgence, son ampleur, sa durée, tous les projets pilotes qu’auraient pu imaginer des pédagogues geeks accros au numérique.

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Première leçon: l’étonnant laboratoire qui est né de la pandémie. Cesla Amarelle, conseillère d’Etat vaudoise chargée des écoles, a raison de souligner la belle capacité d’adaptation à ces technologies de beaucoup de professeurs. Certains, pas toujours les plus jeunes, ont développé un savoir-faire formidable, capsules vidéo et visioconférences inventives, utilisation efficace et ludique de l’outil numérique.

L’essentiel: la motivation

Cette passion d’enseigner «quand même» a souvent cherché à faire de la distance davantage qu’une alliée, en mettant au point une autre manière d’intéresser les élèves. Tous les professeurs n’ont certes pas été aussi bons. Certains se sont contentés de scanner leurs fiches à l’ancienne. Mais il demeure utile de constater que ce n’est donc pas l’enseignement via le numérique qui est un frein, mais la motivation des enseignants à s’en servir efficacement.

Deuxième leçon: les limites des échanges par écrans interposés ont été brutalement mises en lumière. Certaines matières se prêtent mieux à l’exercice que d’autres, et il ne suffit pas de transposer un cours traditionnel sur Zoom. Certains élèves se sont retrouvés perdus, sans impulsions fortes, désintéressés: ils ont alors coupé le micro, puis la caméra, et se sont bel et bien retrouvés hors réseau. La numérisation, ça ne fonctionne pas pour tout le monde.

Discipline et indiscipline

Enfin, et c’est peut-être l’essentiel: l’enseignement à distance a souvent rapproché parents et professeurs. Ces derniers, avec ironie, ont parfois souri lorsque certains papas et mamans découvraient que les problèmes scolaires n’étaient pas toujours de la faute des profs. Que leur demander un travail de formateur, mais aussi d’éducation, était faux et surtout hors de portée.

Se coltiner discipline et indiscipline de leurs rejetons, échanger sur ces thèmes et sur les devoirs avec les enseignants: voilà un effet collatéral de l’enseignement à distance qui laissera des traces dans les évolutions futures. Il y a ce vieux proverbe africain qui dit que pour faire naître un enfant, il suffit d’une mère et d’un père, mais que pour l’élever, on a besoin de tout un village. Dans notre village numérique, c’est toujours vrai.


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