Le rejet «historique» par le parlement du programme d'armement n'est pas un drame. C'est beaucoup plus: un symbole et un symptôme. Au-delà des logiques partisanes qui ont montré une fois de plus comment l'alliance des pôles opposés contribue à une situation de blocage, ce choc politique permettra peut-être enfin de se poser quelques questions de fond sur cette chose devenue le dépotoir des problèmes irrésolus de notre société: l'armée.

A quoi sert une armée, en Suisse, en 2005? A cette interrogation existentielle, le gouvernement avait cru répondre en portant avec succès devant le peuple la réforme Armée XXI. A peine cette restructuration entamée qu'on s'aperçoit qu'elle ne suffira pas et qu'elle évite d'aborder des solutions plus drastiques. On ne parle pas de la création d'une armée professionnelle, utopie coûteuse et politiquement irréaliste, mais de la définition de priorités claires.

La chose militaire est devenue, dans notre société a-militaire, consumériste, où la peur économique a remplacé la peur de la guerre, un gadget dont le politique se sert à bon compte, pour servir une idéologie et avancer à peu près n'importe quoi. Personne ou presque ne s'en offusque plus.

Toutes les questions autour du statut de l'armée, que réveille le vote de jeudi, sont des miroirs de la société suisse: l'aptitude des jeunes à l'engagement de milice; la durée et l'étalement du service; la compatibilité de la milice avec l'environnement économique et social; l'aménagement du territoire, le développement régional, la péréquation entre plaine et montagne; et, bien entendu, la place de la Suisse dans l'Europe et dans le monde. Sans réponses claires sur ce terrain militaire qui a l'inconvénient d'être diablement pratique, les programmes d'armement continueront à donner lieu aux pitoyables échanges et aux refus tactiques enregistrés cette semaine.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.