C’est le grand paradoxe. D’un côté, le peuple suisse a voté il y a moins de deux ans un ambitieux programme d’investissements ferroviaires et les CFF ont passé commande de séries complètes de nouveaux trains. De l’autre, ces mêmes CFF annoncent un programme d’économies et de réduction d’effectifs de grande ampleur. Comment est-ce possible?

Nul ne conteste que les nouvelles infrastructures telles que la gare souterraine de Zürich, le Gothard, les aménagements prévus entre Lausanne et Genève exigeront davantage de personnel d’entretien. Mais les CFF se sont peut-être endormis dans d’autres secteurs, notamment administratifs. C’est là qu’Andreas Meyer envisage d’économiser. Si, comme il le dit, les fluctuations naturelles et les nombreux départs à la retraite attendus ces prochaines années suffisent à absorber le choc, celui-ci ne sera pas trop rude.

Lire aussi: «Les CFF créent une onde de choc avec un programme d’économies»

On peut en revanche s’étonner du volume d’économies annoncé à l’horizon 2030. Les CFF disent vouloir réduire leurs coûts de 20 milliards de francs d’ici là. Cela paraît énorme dans la mesure où le budget annuel est de l’ordre de 8,5 milliards. Il faut voir dans cette projection un appel, ou plutôt un avertissement.

On souhaite investir massivement dans le rail en Suisse. On achète de nouvelles rames, on agrandit les gares, on construit le plus long tunnel du monde, on réduit les temps de parcours, on accélère les cadences sur un réseau déjà saturé. Pour exploiter et entretenir tout ça, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. Or, paradoxalement, la Confédération n’a pas accordé aux CFF les moyens que l’entreprise attendait pour financer ses besoins présents et futurs. C’est à cela que l’opérateur réagit en lançant son programme minceur.

En parallèle se développe une concurrence sournoise qui fait fi de ces intentions. Andreas Meyer fait référence aux lignes de bus low cost qui relieront de plus en plus souvent Zürich et Genève à de grandes villes allemandes et françaises. À cela s’ajoute l’innovation technologique des transports autonomes, dont l’expérience que CarPostal s’apprête à mener en ville de Sion est la plus récente illustration. Il faudra bien débattre de ce, ou plutôt de ces paradoxes.