La troisième étape du déconfinement est en marche! «Samedi, ce sera permis jusqu’à trente amis.» Et ArcInfo d’illustrer en une la bonne nouvelle avec une petite assemblée d’amis autour d’une table de pique-nique, dans une forêt. «Le retour à la normalité un peu plus vite que prévu», enchaîne La Liberté, qui a choisi les allées d’un camping pour accompagner son gros titre; de nombreuses activités seront possibles dès le 6 juin, deux jours plus tôt qu’anticipé, pour que les familles, mais aussi les professionnels du tourisme et des loisirs, puissent profiter du week-end. Et «la vie sociale reprend peu à peu ses droits», écrit 20 minutes. «Le retour à la vie normale (ou presque)» titre 24 heures, avec un dessin amusant de Bénédicte, une foule dans un cinéma observant avec effarement une poignée de mains à l’écran… Le soulagement est partout dans la presse aujourd’hui.

«Finies les grandes déclarations solennelles au pays, l’œil grave et le sourcil froncé, lit-on dans l’éditorial du quotidien vaudois, le Conseil fédéral a désormais attrapé le virus de l’euphorie. Mercredi, il a répété bien sûr qu’il fallait continuer à se laver les mains et à garder ses distances. Mais le ton a radicalement changé […]. Cette décontraction a une explication simple: la vague épidémique est terminée. La Suisse compte désormais moins de quinze contaminations par jour. Pour tout le pays. Il n’y a pratiquement plus de morts ni d’entrées aux urgences à cause du Covid-19. C’est une nouvelle très réjouissante et qui tord le cou aux oiseaux de malheur qui annonçaient un rebond des infections.» Et dire que le 1er mai la chaîne BFM annonçait: «En Suisse, un déconfinement qui fait craindre le pire»! 

La petite déception d’Alain Berset

Un média ne consacre pas sa une à cet optimisme dans lequel baigne la presse aujourd’hui: la NZZ, qui titre sur «Alain Berset freiné par le Conseil fédéral». Le ministre de la Santé voulait en effet faire passer à 1000 spectateurs la capacité d’accueil de tout spectacle ou événement dès lors qu’il était autorisé, et qu’il tenait le registre des personnes présentes – au théâtre, dans un stade. Alors que jusqu’ici c’est lui qui était susceptible de restreindre l’assouplissement, par mesure de sécurité, il s’est passé une petite première ce mercredi, raconte le quotidien zurichois: cette fois, c’est le Conseil fédéral qui l’a retenu, la limite étant fixée à 300 personnes.

Autre demande qui n’a pas été satisfaite, celle d’Ueli Maurer, qui voudrait mettre davantage l’accent sur la responsabilité privée. Les restaurateurs devraient pouvoir eux-mêmes décider des distances de sécurité, par exemple, a-t-il indiqué. Sachant que cela serait rejeté, il a alors proposé qu’on passe à une distance de 1 mètre, comme en Autriche. Nouveau refus. «Mais évidemment Ueli Maurer a remporté une victoire d’étape. Son idée fondamentale de se concentrer davantage sur la responsabilité personnelle et de fonctionner avec des règles de base plus simples a été bien reçue par le Conseil fédéral», termine la NZZ. «La question n’est plus de savoir ce qui est permis. Mais ce qui est toujours interdit, commente l’Aargauer Zeitung. Compte tenu du faible nombre d’infections, tout le reste ne serait plus justifiable.»

Responsabilité personnelle

Nul doute que cette question du seuil jusqu’auquel le Conseil fédéral va, doit garder la main sera au cœur des discussions politiques ces prochaines semaines. On le pressent à la lecture du compte rendu de la conférence de presse du Conseil fédéral dans 24 heures: «La fin du droit d’urgence, c’est aussi le retour de la liberté. Mais n’aurait-il pas fallu alors simplifier les recommandations? Simonetta Sommaruga l’annonce pour une prochaine étape, tandis qu’Alain Berset nuance: «La situation est sous contrôle parce que nous avons réussi à nous organiser de manière collective. Il y a certes des règles. Et quand on regarde ce qu’on a, ça fait un peu peur. Mais quand on se compare à d’autres pays, on se rassure.» «Si on se regarde, on se fait peur, mais si on se compare, on se rassure. Une de ces petites phrases dont il a le secret, puisée chez Talleyrand», complète ArcInfo.

Car la liberté revient, mais «sous contrôle». L’éditorial d’ArcInfo se réjouit du retour de la fête, mais prévient: «Le Conseil fédéral confie ainsi aux organisateurs d’événements le soin d’établir des listes de présence pour pouvoir réagir rapidement si l’un des participants devait être porteur du Covid-19. C’est aussi pour éviter une deuxième vague que l’application SwissCovid va bientôt entrer dans nos vies. Les autorités insistent sur l’utilisation raisonnée des données personnelles pour que la population l’adopte. Mais psychologiquement, ce système de contrôle n’est pas anodin. Amusez-vous… mais faites attention! Il faut désormais apprendre à vivre avec cette injonction contradictoire. Pendant les vacances, nous allons tous devoir travailler. Sur nous-mêmes.»

Joie mêlée

Les zones d’ombre qui perdurent dans le cinéma examinées par la NZZ, le sport «qui va être en grande souffrance» dans 20 minutes, les restaurants encore dans l’expectative dans LAgefi: la poursuite du déconfinement, à y regarder de plus près, est une joie et une souffrance.

Un sujet fait l’unanimité dans la presse: le départ à la retraite bien mérité du délégué de l’OFSP Daniel Koch, à 65 ans. «Alain Berset a salué son engagement, ses connaissances scientifiques, sa capacité à vulgariser, sa modestie face au virus dont on connaissait peu de choses au début. Son calme et son humour subtil ont été d’une grande utilité durant la crise.» La dépêche de l’ATS est reprise par ArcInfo entre autres. «Daniel Koch a participé à toutes les conférences de presse du Conseil fédéral et à 21 points de presse techniques depuis le début de la crise, avec à chaque fois une cravate différente. «Chapeau», a salué son ministre de tutelle.»

Une fenêtre sur nos voisins pour finir. «Il était temps» de déconfiner et de libérer, selon l’éditorial de L’Agefi. Qui note avec satisfaction l’ouverture en marche, mais que «l’économie suisse, si ouverte sur le reste du monde, ne se sauvera pas toute seule. L’initiative qui prend forme à Bruxelles, et qui redonnera peut-être une dynamique positive à l’UE, premier client des exportateurs helvétiques, apporte un autre signal positif.»

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