Editorial

Grand Théâtre, le bonheur du choix

La plus grande institution culturelle de Suisse romande se cherche un nouveau patron, qui succédera à Tobias Richter à l’été 2019. L’élu devra faire face à un défi immense, la conquête de nouvelles générations moins sensibles que leurs prédécesseurs à «La Traviata»

Longtemps, le monde de l’opéra a paru immuable. Le public était acquis, il ne serait jamais infidèle à Mozart et à Wagner, c’était écrit. Depuis une dizaine d’années, on a compris que cette permanence était un mirage. Comme le cinéma ou le théâtre, l’opéra est confronté à une autre demande. La fréquentation des salles a tendance à baisser, on a pu l’observer notamment de manière spectaculaire au Metropolitan de New York, la plus grande salle du monde avec ses 300 millions de budget. Le lyricomane peut vivre sa passion autrement, via le streaming ou le cinéma par exemple.

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C’est dans ce contexte qu'à Genève la Fondation du Grand Théâtre, son bureau en particulier, ainsi que le ministre socialiste de la Culture Sami Kanaan s’apprêtent à choisir le successeur de Tobias Richter – qui quittera ses fonctions à l’été 2019. Les candidats ont jusqu’à mardi prochain pour affûter leurs dossiers. Le choix, lui, devrait intervenir au début de l’année 2017. L’enjeu est à plus d’un titre immense. Pas seulement parce que le Grand Théâtre est la principale institution culturelle de Suisse romande, la deuxième scène lyrique du pays, derrière l’Opéra de Zurich. Mais parce qu’il s’agit de recréer un courant de désir, de conquérir des jeunes générations moins sensibles à La Traviata ou à Tristan und Isolde que leurs prédécesseurs, de suggérer qu’un beau spectacle d’opéra est un ravissement et qu’il est partageable.

Pour donner corps à cet espoir, il ne faudra pas seulement une oreille fine, voire absolue, capable d’établir un casting de voix ou un esthète susceptible d’allier formes classiques et audaces. Il faudra un ambassadeur éloquent de la maison auprès de la cité, une personnalité qui sache surprendre la population par des projets inédits, qui scelle aussi des alliances avec d’autres institutions.

Alors qui? Une figure établie du monde lyrique, voire une star? Pourquoi pas, si la personne en question est prête à en découdre. A moins de miser sur un outsider, sur une tête bien faite et ardente. En 1980, la Fondation pariait sur Hugues Gall, l’adjoint de Rolf Liebermann à l’Opéra de Paris. Il avait 40 ans, et son action pendant 15 ans allait s’avérer incroyablement fructueuse. L’élu – ou l’élue – devra entonner le bel air du changement, mieux, l’incarner. En faire un tube lyrique, si on veut. C’est ainsi que le Grand Théâtre renouera avec son éclat.

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