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Le Grand Théâtre, retour vers le futur

L’institution genevoise rouvre ses portes après de gros travaux de rénovation. Alors qu’un nouveau directeur s’apprête à entrer en fonction, il faut qu’il ose aller là où on ne l’attend pas

Toute histoire a sa date première, ses pionniers et ses légendes. L’histoire de l’opéra ne fait pas exception. Mais dater de manière définitive la naissance de l’art de raconter une histoire en chantant est périlleux, si ce n’est impossible. «Quand et où faire commencer l’histoire de l’opéra?» se demande d’ailleurs l’encyclopédie Universalis, elle aussi peu encline à affirmer de manière péremptoire que tel moment pourrait faire office de big bang lyrique. «La date de 1600 et la ville de Florence semblent le mieux correspondre à un acte de naissance», ose-t-elle néanmoins. C’est en effet dans la capitale toscane qu’un certain Giovanni de' Bardi fondait à l’aube du XVIIe siècle une académie destinée à expérimenter une nouvelle forme de narration musicale, où les voix se feraient instruments.

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Près de trois cents ans plus tard, à Genève, on inaugurait le Grand Théâtre, imposant édifice destiné à durer, là où un premier édifice à la structure en bois avait brûlé en 1768, deux ans après son ouverture. Le 4 octobre 1879 y était joué le Guillaume Tell de Gioacchino Rossini. Le Conseil fédéral était dans la salle pour applaudir le héros suisse à la pomme. Cent quarante ans ont passé, et le Grand Théâtre est toujours vaillant, s’apprêtant même à vivre une nouvelle inauguration après de gros travaux de rénovation.

Aviel Cahn l’audacieux

En septembre 2017, dans cette même colonne hebdomadaire, je parlais de Genève comme d’une capitale culturelle en devenir. L’ambitieux projet de la Cité de la musique, pour une ouverture prévue à la fin de 2023, devrait en effet permettre à la ville de s’imposer sur la scène internationale. Il est dès lors vital que le Grand Théâtre profite de sa réouverture et de l’arrivée prochaine d’un nouveau directeur, le Zurichois Aviel Cahn, actuellement à la tête de l’Opéra des Flandres, pour lui aussi rayonner en dehors des frontières.

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Alors que le chantier de la nouvelle Comédie avance, et que le duo Koutchoumov-Maillefer qui préside aux destinées de l’institution défend une vision aventureuse du théâtre, le Grand Théâtre se doit de dépoussiérer son image de maison conservatrice, à en croire les analyses de critiques recueillies par Le Temps. Sans se faire amnésique, car il ne faut pas oublier le soldat de' Bardi, il faut qu’il ose aller là où on ne l’attend pas. A Gand, Aviel Cahn a dérouté. Pour le Samson et Dalila de Saint-Saëns, il a choisi deux metteurs en scène, un Israélien et un Palestinien. Pour La damnation de Faust de Berlioz et Le chevalier à la rose de Strauss, c’est au cinéaste Terry Gilliam et au comédien Christoph Waltz qu’il a fait appel, faisant parler loin à la ronde et rajeunissant son public. Encourageant.


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