Editorial

Pour que le Grand Théâtre vive

Le patient n’est pas encore aux soins intensifs. Mais si une intervention n’est pas programmée et bien organisée, il risque d’entrer rapidement dans une phase critique. Sans augmentation de financement, le Grand Théâtre de Genève dépérira. C’est le constat de l’étude que le bureau munichois Actori vient de rendre. Le rapport n’est pas révolutionnaire. Mais il a le mérite de fixer des bases de réflexion qui sont, pour la première fois de l’histoire de l’Opéra, étudiées en commun par tous les interlocuteurs concernés. L’étude s’appuie judicieusement sur la nouvelle convention qui lie l’Opéra et l’Orchestre de la Suisse romande. La tension était déjà retombée un peu. Fini le temps des bisbilles après dix-sept ans de bouderies. Chacun aura son mot à dire dans le choix des directeurs artistiques respectifs ou l’organisation des services. Le chef de l’orchestre devra dorénavant diriger, contractuellement, au moins deux opéras par saison. Retour à la normale. Un autre grand soulagement a apaisé la courbe de la tension: l’entrée du canton dans le subventionnement du Grand Théâtre en 2015, à hauteur de 2 millions sur le moyen terme. De quoi redonner des couleurs à une institution qui se place, malgré les dimensions plutôt modestes de Genève, dans la grande course internationale lyrique. Sur le plan des mesures, rien d’exceptionnel non plus. L’adaptation des prix, le renforcement des partenariats, l’élargissement des publics, la fidélisation des privés ou l’ouverture aux autres institutions locales et régionales font partie des stratégies naturelles de toute scène culturelle. L’étude met simplement, noir sur blanc et chiffres à l’appui, l’accent sur ce que les directions et administrations municipales successives serinent depuis des décennies: pour continuer à porter loin le rayonnement culturel de Genève, son Opéra doit disposer de moyens à la hauteur des ambitions de la cité. A travers des collaborations et des mesures raisonnées.