Une obscure histoire d'informateur colombien aura-t-elle raison du procureur général de la Confédération? Il est trop tôt pour le dire. En revanche, nul doute que toute amorce de scandale est prétexte à rappeler les dysfonctionnements qui font désormais la réputation de ce Parquet fédéral bien mal en point. Des critiques qui virent rapidement au lynchage politique et médiatique. Valentin Roschacher détient sans conteste la palme d'or du mal-aimé. A tel point qu'on se surprend à vouloir le défendre tant le courant dominant semble désormais empreint d'arbitraire.

Il est bien loin le temps où le Parquet fédéral était pensé comme l'outil indispensable d'une lutte utile contre la criminalité internationale. La déception est sans doute à la hauteur des attentes. Ratés, maladresses et autres péchés de jeunesse ont achevé de miner la crédibilité de l'institution. A sa tête, Valentin Roschacher, constamment sur la défensive, n'a pas réussi à imposer son empreinte, insuffler des priorités et faire preuve de sens politique.

Les faiblesses de ce procureur apparaissent comme d'autant plus criantes que le vent a résolument tourné et que le discours politique privilégie les soucis budgétaires, la cure d'amaigrissement de l'appareil d'Etat et, bien sûr, le bien-être de la place financière helvétique. On pourrait presque penser que cette exigence de résultats pousse aussi le Parquet fédéral «au crime» ou en tout cas à quelques excès. Les exemples de ce zèle sont nombreux: blocages injustifiés dans l'affaire Yukos, démantèlement du réseau terroriste «Al Saoud» qui n'en était pas un, ou encore, l'avenir le dira, dossier du banquier Oskar Holenweger.

Face au réel enjeu que constitue la mise en place d'une autorité de poursuite efficace et indépendante, le débat se doit désormais de dépasser les duels stériles. Personne ne croit plus que Valentin Roschacher fera un bon procureur général. Mais il serait tout aussi naïf de vouloir lui mettre sur le dos l'ensemble des problèmes que rencontrent par définition des enquêtes complexes et sensibles. Le contrepoids qu'incarnait encore le Tribunal pénal fédéral face à la mise au pas voulue par Christoph Blocher est en train de s'effriter. C'est une nouveauté. Il faut aussi s'en inquiéter. Pour le bien de la justice dont le Parquet est un nerf essentiel.

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