éditorial

Grandeur et nécessité

Le changement de statut de la banque privée annoncé par Pictet et Lombard Odier répond à une nécessité et comporte aussi un risque nouveau pour les associés

Editorial

Grandeur et nécessité

Le modèle classique de banque privée a vécu. Et ce n’est pas banal, ni purement «technique». Il y a dans le statut de banquier privé, indéfiniment responsable, sans structure anonyme entre la personne et l’entité de gestion, une grandeur morale magnifique. Le banquier garantit sa solidité sur son patrimoine privé, accumulé au fil des générations, et s’expose comme nul autre en cas d’échec. Cette particularité suisse, et si forte à Genève, hisse le banquier au statut de chevalier du capitalisme, qui le distingue du gérant commun.

On pressent que les associés Pictet et Lombard Odier n’ont pas décidé sans hésitation de changer une tradition vieille de plus de deux siècles. Concrètement, ils éprouvaient de plus en plus de peine à expliquer la nature de leur statut aux autorités de régulation étrangères. Et, même en Suisse, ils ont dû se battre au plus haut niveau pour que le capital engagé par les associés soit reconnu comme des fonds propres de premier ordre par la Finma, le gendarme suisse. Enfin, les risques dans l’industrie financière augmentent et surtout changent de nature, alors même que les affaires transfrontalières deviennent la règle.

La banque, le secteur le plus réglementé du monde, vit une transformation normative constante qui se fonde sur des principes juridiques dont le standard est unique: la société anonyme. Le mouvement initié par les maisons Pictet et Lombard Odier anticipe également une évolution importante de la banque privée. L’accès aux marchés étrangers devient une priorité stratégique, en particulier pour des établissements de la taille et de la réputation des deux groupes genevois. C’est un signe positif qui montre que la banque privée suisse fait le pari d’une concurrence qui sera déterminée par des normes reconnues de manière universelle. Mais c’est également un risque nouveau pour les associés. La structure qui leur permet de contrôler les entités économiques de gestion devra être en mesure d’assurer au quotidien la conduite d’une banque dont la valeur est forgée dans la tradition patrimoniale ininterrompue des familles fondatrices. C’est plus qu’un esprit, c’est une philosophie de la responsabilité qui ne se monnaie pas.

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