Six ans après son lancement, avec un catalogue de 54 volumes et bientôt 100000 exemplaires écoulés, «Le Savoir suisse» constitue une belle aventure éditoriale. Sans conteste, cette collection de petits livres de vulgarisation, chaperonnée par un Bertil Galland soucieux de valoriser les travaux des hautes écoles romandes, comble un manque. Au point qu'il paraît dur de comprendre pourquoi une région aussi riche en centres de recherche et de formation n'avait pas été capable de porter certains savoirs vers le grand public.

Bien sûr, on peut exprimer quelques nuances. Dans les premiers temps, les responsables de la collection ont choisi quelques sujets curieux, plutôt ardus - autour de la science, notamment - alors qu'il fallait populariser cette démarche inédite. Et des thématiques évidentes ne font toujours pas l'objet d'un volume. Songeons, entre autres, aux histoires politiques des cantons, dont seul Vaud a bénéficié jusque-là.

N'empêche: il faut espérer que cette entreprise un peu folle, pour un marché aussi mince que la Suisse romande, se consolidera. D'abord parce que, même pour un petit pays, le réservoir de thèmes paraît sans fin. Il se régénère même en fonction des recherches menées dans les institutions et, surtout, des débats sociaux et politiques.

Ensuite, parce que cette anthologie appuie la tendance, tout de même assez récente, qui pousse les académies à se pencher vers la cité. A traduire une partie de leurs travaux en un langage et une forme accessibles aux novices. Les contribuables le méritent, les citoyens devraient en avoir besoin. Démocratie accoutumée aux consultations populaires, la Suisse doit produire des savoirs abordables, plus encore qu'un autre pays.

Enfin, ces ouvrages ont pour effet de mettre en lumière des sciences humaines et sociales souvent à la peine dans ce pays. Alors que l'affection des politiques et les subsides sont drainés par la chimie, les biotechs et l'énergie, les livres parus jusqu'ici montrent que les sciences de l'homme ont leur place sur la scène nationale. Il faut de nouveaux médicaments, oui, mais aussi une meilleure connaissance de l'histoire ou des mutations de la société. Ce n'est pas le moindre mérite de ces petits opuscules que de le rappeler.öPage35

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