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Grands maîtres plutôt que papys

Saluons les Rolling Stones comme de grands maîtres et profitons du privilège qui nous est offert d’une fois encore s’incliner devant leur messe rock’n’roll

C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes, dit le dicton. En art, vieilles marmites a pour synonyme grands maîtres. On ne compte pas les artistes qui, au crépuscule de leur carrière, ont su mettre à profit leur parcours de vie et de création pour se sublimer et proposer de flamboyantes synthèses de leur travail. Comme John Ford et Alfred Hitchcock hier, Clint Eastwood ou Woody Allen continuent, à 87 et 81 ans, de régulièrement nous offrir des films d’une insondable profondeur, emprunts d’une philosophie, voire d’une noirceur, parfois nouvelle.

Et que dire de ces écrivains qui, bien après l’âge où les travailleurs rabaissent leurs manches pour prendre un repos bien mérité, continuent d’écrire du matin au soir, parce que c’est leur raison d’être, parce que lâcher l’affaire reviendrait à mourir?

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Le rock, genre où parfois la vieillesse agace

La musique aussi a ses grands maîtres. Souvent, d’ailleurs, ce sont des jazzmen ou des bluesmen, voire des chanteurs soul, comme si dans les musiques noires – à l’exception du rap – la jeunesse était douteuse. Prenons le Buena Vista Social Club: c’est bien parce que ses membres n’étaient pas de prime fraîcheur que ce groupe cubain a connu il y a vingt ans un succès mondial sans précédent. Reste une musique où, par contre, c’est au contraire la vieillesse qui a parfois le don d’agacer: le rock. Soit un genre où on parle souvent d’énergie et d’urgence, là où ailleurs on salue la virtuosité et l’expérience.

«No future»

Venons-en au fait: les Rolling Stones, qui affichent à eux quatre l’âge vénérable de 293 ans, ont entamé une énième tournée mondiale qui dans quelques jours fera étape à Zurich. Les Anglais ont eu une influence considérable sur l’histoire du rock, c’est un fait. Mais plutôt que de les qualifier de grands maîtres ou de génies, ils sont plus souvent taxés de «papys du rock», voire de dinosaures, avec en sous-texte ce côté négatif: ils feraient mieux de prendre le thé à l’EMS plutôt que de continuer à se trémousser sur des scènes surdimensionnées.

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Tandis qu’un David Bowie, phénix pop toujours en quête de réinvention, a jusqu’à sa mort été adulé, les Stones sont vus par leurs contempteurs comme des gars un peu pathétiques voulant faire croire à plus de 70 ans qu’ils sont encore de jeunes rockeurs. La faute, peut-être, à la génération punk et à leur «No future», slogan plaisant mais obsolète.

Certains rockeurs, aux veines plus solides que d’autres, ont ainsi survécu à tous les excès. Les Stones sont encore vaillants, et c’est une bonne chose. Saluons-les comme de grands maîtres et profitons du privilège qui nous est offert d’une fois encore s’incliner devant leur messe rock’n’roll.


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