Sous mon sein, la grenade

Les grands-parents, la plus grande garderie de Suisse

OPINION. La jeunesse, c’est l’avenir, dit-on. Mais la vieillesse aussi. Ou plutôt le lien et l’équilibre entre les générations, selon notre chroniqueuse

On doit cette jolie formule à Pierre-Yves Maillard, lorsqu’il disait à Pascal Couchepin qu’en repoussant l’âge de la retraite à 67 ans, il fermerait la plus grande garderie de Suisse. Rendons donc hommage aux grands-parents et écoutons cette lectrice qui se plaignait auprès de moi récemment qu’on ne traitait pas assez dans les journaux de ce qui va bien. Les grands-parents vont bien. Ils vont bien parce qu’ils sont grands-parents. En leur prenant du temps, leurs petits-enfants leur donnent une lumière, une enfance dans le regard, les rechargent et les remettent en charge.

A ce propos: Grands-parents, parents: l’alliance fait la force

Rarement on a vu une association de générations si bien fonctionner. Les parents sont ravis de pouvoir se décharger sur des daddy et mamy-sitters motivés et connaisseurs. Ils répètent ce qu’ils savaient faire, sans la pression d’autrefois, avec cette «si douce autorité» dont Victor Hugo parlait à l’automne de sa vie. Ils sont là quand la place en crèche se fait attendre, quand les enfants sont malades, lorsque souffler un peu devient une nécessité pour maman et papa.

Le risque d’«exporter les vieux»

C’est cela que disait la formule de Maillard, et j’ai le sentiment qu’elle est toujours plus remise en question lorsqu’on songe aux grands-parents de demain. A quel âge pourront-ils prendre leur retraite, et avec quelle rente? Pourront-ils dès lors rester ici, ou devrons-nous racheter un morceau du Portugal, de Thaïlande ou d’Espagne pour leur permettre de survivre dignement? La Suisse si fière de son PIB va-t-elle être la première nation à exporter ses vieux comme des déchets, inutiles parce que devenus incapables de consommer ici avec les cacahuètes qu’on leur aura laissées?

La jeunesse, c’est l’avenir, dit-on. Mais la vieillesse aussi. Ou plutôt le lien et l’équilibre entre les générations. Chaque fois que je croise une grand-mère en ville derrière une poussette, chaque fois qu’un enfant leur tient la main, que le pas maladroit du bambin se cale sur le pas ralenti de son grand’pa, j’ai envie de les remercier, je me dis que cela marche, que trois générations œuvrent à cet instant ensemble et à leur place. J’écris cela sans la moindre once de mièvrerie mais parce que je crois que la manière dont un pays fabrique ce lien est la seule définition juste de la politique. Victor Hugo, encore, dans L’Art d’être grand-père, a écrit: «On était heureux, Dieu sait! On poussait des cris de joie pour un oiseau qui passait.»


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Suicide et féminisme

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