Une élection chaotique en pleine crise politique: du jamais-vu dans cette Suisse en apparence si stable. Une Suisse qui a mal à ses fondements institutionnels, que l’on croyait gravés à jamais dans le granit des Alpes. Mais celui-ci s’effrite. Les fondements semblent en décalage croissant avec les réalités internationales et les mutations politiques intérieures.

Le fonctionnement du collège doit être repensé. Les sept personnes qui le composent sont trop absorbées – parce qu’elles le veulent ou parce qu’elles y sont contraintes – par les affaires de leur propre département et ne consacrent pas assez de temps à la direction politique du pays. Régulièrement, au terme de chaque semestre, le porte-parole du Conseil fédéral annonce, avec fierté, le nombre, forcément incroyable, de décisions prises par celui-ci durant les mois écoulés. Mais la conduite d’un Etat n’est pas un concours de records. Au contraire. Quitte à déléguer davantage, il vaut mieux prendre moins de décisions, mais de bonnes décisions, arrêtées au terme de réflexions approfondies et non sur un coup de poker, comme la récente escapade libyenne du président Merz.

Au moment de remplacer un membre de ce collège, il est indispensable d’examiner l’aptitude des candidats à gérer les situations périlleuses. Il ne suffit pas de se profiler comme un chef de département prêt à l’emploi, une sorte de kit déjà monté. Plus que jamais, les membres de l’exécutif national, et surtout leur président(e), doivent donner un cap qui permette d’avancer.

Enfin, et c’est important, le mode d’élection de ce gouvernement n’est plus aussi sûr qu’autrefois. On s’en est longtemps accommodé, faisant confiance aux 246 élus fédéraux qui composent le corps électoral. De plus en plus volatil, celui-ci n’est plus à l’abri du hasard. On l’a vu lorsque Hansjörg Walter a failli se retrouver conseiller fédéral alors que rien ne l’y prédisposait. Cela nécessite aussi une réflexion de fond. Les modèles de rechange ne sont pas tous mûrs, mais il faut explorer de nouvelles pistes afin de sauvegarder la crédibilité de ce gouvernement chahuté.