Le Conseil fédéral est amené à prendre prochainement une décision capitale touchant aux relations extérieures de la Suisse et plus précisément à l’Union européenne: la suspension des négociations avec l’UE et le rejet de l’accord-cadre du 23 novembre 2018 semblent acquis. C’est un grave échec du Conseil fédéral tout entier, qui a mené depuis 2012 une politique européenne erratique, sans savoir vraiment ce qu’il voulait et sans comprendre ce que voulait l’Union européenne. Dans un éditorial retentissant, la NZZ, naguère encore favorable à l’accord, plaide pour l’arrêt de l’exercice, tant il est évident qu’il est condamné, et s’en prend nommément aux sept membres actuels du gouvernement pour n’avoir pas su gérer le dossier européen. Le pire serait de le transmettre au parlement – ou au peuple – pour lui laisser la charge de mettre fin à ce douloureux chapitre.

Les problèmes sous le tapis

Les dirigeants politiques partagent avec ceux de l’économie, divisés sur le sujet, la responsabilité de cette débâcle. Le quotidien zurichois met en cause la Commission européenne, qui se serait montrée plus intransigeante depuis 2018 et chercherait à marquer des points contre les Etats tiers plutôt qu’à résoudre pragmatiquement les problèmes posés. En réalité, la Commission que préside Mme Ursula von der Leyen n’a pas dévié d’un centimètre de la ligne fixée par son prédécesseur, M. Jean-Claude Juncker: elle n’était pas prête à renégocier un accord qui a nécessité six années de travaux, pour lequel elle a fait de nombreuses concessions et qui était équilibré, moyennant certaines précisions qu’elle était disposée à apporter. Perdante lors du référendum britannique de 2016 sur le Brexit, elle a su transformer ce revers en faisant montre de cohésion et d’unité, ce qui lui a permis d’imposer les conditions de la rupture avec Londres (l’UE ne craint donc pas les référendums!). De plus, on oublie trop facilement que les Etats membres appuient pleinement la Commission – pas un n’est intervenu pour soutenir la position de Berne.