Revue de presse

En Grèce, le nouveau premier ministre est maintenant attendu au contour

Kyriakos Mitsotakis, qui succède au vaillant Alexis Tsipras, aura fort à faire pour respecter les engagements de son pays vis-à-vis de ses créanciers. Celui que certains voient déjà comme un «Macron grec» n’est pas sorti de l’auberge de la dette

Au lendemain de sa victoire sans appel aux législatives grecques, le chef de file des conservateurs de Nouvelle Démocratie, Kyriakos Mitsotakis, a été investi lundi premier ministre, tournant la page de l’ère Tsipras dans une Grèce en soif de renouveau. Il a déjà nommé son gouvernement, au sein duquel figurent d’anciens cadres d’extrême droite, prévient Courrier international. Le magazine a aussi livré ce lundi une rapide revue de presse des médias internationaux une fois les résultats connus.

C’est donc avec cette alternance très démocratique que se tourne la page – on l’a dit et répété – de l’ère conduite par le vaillant Alexis Tsipras. Parmi les membres de ce nouveau gouvernement: l’économiste Christos Staikouras, nommé au Ministère des finances, qui aura la tâche pas simple de relancer l’économie; mais aussi, donc, deux anciens membres du parti d’extrême droite LAOS, l’Alerte populaire orthodoxe, populiste, d’inspiration conservatrice et nationaliste.

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Il s’agit d’Adonis Georgiadis, qui se voit confier le portefeuille du Développement et de l’Investissement, et Makis Voridis, qui obtient le Ministère de l’agriculture. Mais attention, c’est normal, dans le fond, car «le nouveau premier ministre grec est tout aussi populiste que l’ancien», estime le journaliste grec Yiannis Baboulias, dans une analyse publiée sur le site du magazine Foreign Policy: «Si le gouvernement ne se contente que de prolonger l’austérité et d’attaquer l’opposition, Mitsotakis pourrait ne pas aller au bout de son mandat», écrit-il.

Reste que c’est «un mandat fort pour de grands changements», a titré en une I Kathimerini. Le directeur du quotidien conservateur d’Athènes estime que «le peuple grec a voté avec sagesse, du jamais-vu en temps de crise. […] Bien entendu, certains considèrent que c’est peu, une différence de 8 points avec Syriza. Ce sont peut-être les mêmes que ceux qui sous-estimaient Mitsotakis il y a deux ou trois mois.» Comme la gauche radicale française:

Mais une chose est sûre, cependant, selon l’éditorial du Monde: «Sortie depuis un an de son troisième plan de renflouement financier, la Grèce reste sous surveillance et n’est pas encore complètement remise sur les rails; le taux de chômage demeure trop élevé, à 18%, et si la croissance a repris, elle n’est que de 1,3%; Mitsotakis s’est engagé à la faire passer à 3%. Il lui faut aussi gagner la confiance de ses partenaires de la zone euro, qui n’ont pas que des bons souvenirs de la fiabilité de ses prédécesseurs de Nouvelle Démocratie.»

Payer, repayer, et toujours payer

Le site d’information italien Formiche.net peut comprendre que les Grecs en aient eu assez de Tsipras, mais «ce ne sont pas les crédits internationaux qui ont permis d’assainir le budget grec. Ces fameux 280 milliards d’euros (montant estimé) ont été débloqués par les marchés financiers pour y retourner aussitôt (avec des taux supérieurs et toujours mieux garantis). Ce sont les coupes massives au niveau des revenus et des prestations sociales qui ont rendu possible l’assainissement de la Grèce. Ce sont donc les Grecs eux-mêmes, maintenant endettés jusqu’au cou», qui ont déjà payé la facture et n’ont pas fini de le faire.

C’est là en fait exactement ce dont Mitsotakis doit «se méfier»: l’«effet pervers de cette normalité retrouvée […]: le taux de participation à ces élections législatives, historiquement bas (58%), traduit un désenchantement de la population qu’il va devoir remobiliser s’il veut tenir ses promesses.» Bref, selon Europics.net…

… si les éditorialistes comprennent pourquoi les Grecs ont voté contre Syriza, ils se montrent sceptiques quant aux chances de réussite du nouveau cabinet

D’ailleurs, en Grèce même, le portail d’information TVXS se réjouit que le parti d’Alexis Tsipras «ait bien résisté»: «Le plan qui consistait à infliger une «défaite stratégique» n’a pas fonctionné. Avec son résultat élevé, plus de 31% – l’un des plus élevés pour un parti d’opposition en Europe – il demeure comme pôle progressiste dominant du système, en dépit du pilonnage qu’il a subi au cours des quatre dernières années, seul face à tous. […] Alexis Tsipras est désormais tenu de renouveler son parti, et d’en faire une formation mieux organisée, plus puissante et dotée de structures modernes, en mesure de représenter l’espace politique allant de la social-démocratie à la gauche radicale.»

De son côté, estime le site Touteleurope.eu, Mitsotakis a su, «seulement trois ans après avoir repris en mains le traditionnel parti conservateur, lui redonner du brillant mais aussi de la modernité», explique Euronews. «Issu d’une véritable dynastie politique» que retracent Les Echos, «ce diplômé de Stanford et Harvard n’est pas sorti de nulle part: son père, élu député en 1946 est lui-même un ancien premier ministre (1990-1993), et sa sœur a été maire d’Athènes et ministre des Affaires étrangères», relate encore Euronews. Et son neveu vient d’être élu maire d’Athènes, précise en outre Le Point.

«Identifié comme un réformateur», il «vient de l’aile centriste libérale de son parti», explique Le Figaro. «Cela fait de lui un véritable Macron grec», toujours pour Le Point. «Comme le président français, c’est un libéral qui a fait ses armes dans le secteur financier.» Son gouvernement n’aura cependant «pas de grande marge de manœuvre financière», explique Die Presse, en Autriche: il «promet beaucoup de choses, il veut faire avancer les privatisations, réduire les impôts, alléger le fardeau des PME, combattre le chômage. Gut gebrüllt, Löwe (Bien rugi, le lion)»…

… Mais les créanciers étrangers ne permettront pas que le pays le plus endetté de la zone euro néglige sa politique d’austérité. Trop souvent par le passé, des gouvernements dispendieux ont mené la Grèce à la faillite


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