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Ce n’était pas facile pour le ministre grec des Finances, Euclide Tsakalotos, mais un accord a été trouvé cette nuit au château de Senningen, au Luxembourg.
© Julien Warnand/EPA/Keystone

Revue de presse

La Grèce peut tourner la douloureuse page de sa dette abyssale

Un accord dit «historique» a été trouvé par les ministres des Finances de l’Eurogroupe cette nuit au Luxembourg. Certains le qualifient de «saut dans le vide», car il reste de gros nuages sur les marchés européens, comme celui de l’Italie. L’été pourrait être chaud

Alors que les taux d’intérêt des emprunts d’Etat italiens alarment un quotidien comme Die Presse, en Autriche – qui se remémore la similitude de la situation en Grèce il y a trois ans! –, les citoyens hellènes attendaient cela depuis des mois, au point de ne plus trop y croire: les ministres des Finances de la zone euro ont fini par s’entendre dans la nuit de jeudi à vendredi sur un vaste accord mettant fin à huit années de crise, d’austérité et de plans de sauvetage pour leur pays. Celui-ci inclut un dernier allégement important de la dette, sur dix années: les Grecs pourront ainsi commencer à rembourser en 2032, contre 2022 auparavant. Ce, grâce à un petit pas fait par Berlin, qui a toujours été très sévère sur ce dossier.

Lire aussi: Accord des créanciers sur la dette et la sortie du plan d’aide de la Grèce

«La crise grecque s’achève ici, cette nuit. Nous sommes finalement arrivés au bout de ce chemin qui a été si long et si difficile. C’est un moment historique», s’est félicité le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici. «Il n’est pas exagéré de dire que la crise économique qui s’achève a fait une victime principale: la Grèce», précise-t-il encore. Le Français juge aussi sur son blog que «la violence du choc financier a été telle que l’ensemble des structures économiques, sociales et politiques du pays a été touché profondément, durablement». En vertu de cet accord, Athènes recevra une dernière tranche d’aide de 15 milliards d’euros.

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Pour sortir de l’imbroglio, il a fallu six heures de négociations au Luxembourg, mais le quotidien grec Kathimerini, cité par Courrier international, peut enfin s’exclamer sur son site internet: «Après huit longues années, le sauvetage de la Grèce est achevé.» Elle «qui a bénéficié de plus de 273 milliards d’euros d’assistance de la part de ses créanciers […], a dû mener, en échange, des dizaines de réformes aussi profondes qu’impopulaires». Elle reste cependant «sous stricte surveillance des Européens jusqu’en 2022».

Ces derniers se sont accordés «au forceps sur la sortie du plan d’aide», note Le Monde. Car «les négociateurs avaient prévenu: refermer la parenthèse grecque et lâcher enfin du lest […] ne serait pas chose aisée. Reste que l’accord est bel et bien «historique» puisqu’il «ouvre la porte à un retour du pays sur les marchés financiers le 21 août, trois ans après avoir frôlé le Grexit et dix ans après le début d’une violente crise économique et financière dont les citoyens […] ne se sont toujours pas remis (le chômage reste à 20% de la population active, à 43% pour les jeunes)».

«Un régime de semi-liberté»

Il s’agissait, poursuit le quotidien français, de doter la Grèce «d’un viatique suffisant pour rassurer les marchés, convaincre les investisseurs de lui faire à nouveau confiance, et lui ménager en conséquence des conditions de financement à des coûts supportables. […] La surveillance imposée par l’Eurogroupe à Athènes sera plus conséquente que celle décidée pour le Portugal ou l’Irlande, par exemple», qui s’en étaient sortis tout seuls. Voilà pourquoi «d’ici 2022, le pays devra se soumettre à un audit de ses comptes publics quatre fois l’an» par la Commission européenne.

C’est, dans les faits, «un régime de semi-liberté», aux yeux de Libération: «Il n’est pas question de faire de cadeau à Athènes, […] jusqu’au remboursement du dernier euro, afin d’éviter que ses comptes publics ne dérivent à nouveau.» C’est le comble, mais c’est d’ailleurs finalement Alexis Tsipras, le leader de la gauche radicale devenu social-démocrate, qui dès janvier 2015 «s’est montré le meilleur élève de Bruxelles». Après qu’il a engagé «un bras de fer contre ses partenaires qu’il ne pouvait gagner, la menace d’une sortie de la Grèce de la zone euro ne faisant plus peur à personne», le jeune premier ministre a capitulé sept mois plus tard «après avoir gagné un référendum contre l’austérité et a appliqué depuis avec zèle les réformes voulues par l’Eurogroupe».

Même Christine Lagarde se dit émue

Au Monde toujours, Christine Lagarde, la patronne du Fonds monétaire international (FMI), a confié qu’elle était «là au premier jour quand l’institut de statistiques grec nous a révélé l’ampleur des chiffres [du déficit, deux fois pire que prévu, à la fin de 2009]. C’est avec émotion et un sentiment de gravité qu’on tourne la page ensemble.» Incorrigible, le ministre des Finances du gouvernement Tsipras, Euclide Tsakalotos, a suggéré, lui, sur le ton de la plaisanterie: «J’aurais été très heureux si les créanciers avaient effacé d’un coup 300 milliards d’euros de la dette.» Cela n’était évidemment pas à l’ordre du jour, précise le Financial Times. L’économie du pays «reste faible», ajoute le New York Times.

Un lecteur avisé du Monde prévient d’ailleurs: la crise grecque n’est pas annulée, elle est «gelée» et «pas résolue». «Le retour à l’emprunt sur les marchés se fera avec un spread important par rapport aux autres pays membres. L’Italie demande une annulation de 250 milliards de sa dette. L’euro est en baisse, et les Allemands sont en difficulté. Tout cela ne présage rien de bon. L’été sera chaud.»

Le quotidien économique Les Echos compare cette fin du plan d’aide à un «saut dans le vide» pour Athènes. Car si un «narratif sur la solidité supposée de l’économie grecque s’est forgé aisément», ce «nouveau départ» pour la Grèce a ses raisons politiques. Pour elle, un quatrième plan d’aide aurait en effet été «politiquement inacceptable». Quant à Angela Merkel, il aurait été «impensable» de «solliciter un nouveau soutien financier au Bundestag».

Bref, «le pays n’est donc pas encore sorti d’affaire». Le New York Times écrit aussi que la Grèce devra maintenant «livrer une bataille difficile pour rétablir sa crédibilité sur les marchés financiers». Interrogé par Les Echos, l’économiste grec George Pagoulatos précise: «Le principal risque est que les taux d’intérêt y soient trop élevés et privent la Grèce de ressources financières. Ensuite, si l’allégement de la dette n’est pas suffisamment audacieux, cela posera la question de sa soutenabilité.»

Lire aussi: En Grèce, de nouvelles mesures d’austérité secouent la population (16.01.2018)

Alors, comment vraiment «tourner la page» de cette «tragédie»? Un lecteur du Point n’est guère optimiste. La Grèce a vécu «ce calvaire par la faute de ces élites corrompues, incompétentes et avides. De la faute aussi de son peuple immature et archaïque dans ses choix. Je partage. J’habite dans ce pays et je peux témoigner. Savez-vous qu’aujourd’hui, à Athènes, c’est quasi impossible de trouver un designer, un architecte, un comptable ou un médecin à l’hôpital? Ben, ils sont tous en Allemagne et dans ces pays du Nord qui n’ont rien payé pour les former mais qui en profitent bien pour doper leur PIB. A se demander si leur intérêt, ce n’est d’ailleurs pas de maintenir la Grèce dans cet état.»

Ci-dessous, le tweet de notre correspondante en Allemagne:

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