Revue de presse

Greffé deux fois du visage, il devrait à nouveau pouvoir rire et sourire

Réopéré à Paris en janvier dernier après un rejet de greffon, le Breton Jérôme Hamon, atteint du «syndrome d’Elephant Man», dit aller «très bien». Une saga à peine croyable et une leçon de courage

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L’histoire ne lasse pas d'étonner. Et de fasciner. Dans sa vie, Jérôme Hamon a eu… trois visages. Il est en effet le premier homme au monde à avoir subi deux greffes de la face. Aujourd’hui, il dit se sentir «très bien», même si chaque syllabe prononcée lui soulève la poitrine. Agé de 41 ans, ce Breton est apparu lors d’une rencontre avec des médias la semaine dernière, trois mois après son opération à la mi-janvier à Paris. Il est toujours hospitalisé, avec un visage encore lisse et immobile, qui n’a pas épousé les traits de son crâne. Cela devrait venir peu à peu, à condition que son traitement immunodépresseur empêchant un nouveau rejet soit bien suivi.

Cette prouesse inédite est à mettre au crédit de l’équipe de Laurent Lantieri, à l’hôpital européen Georges-Pompidou. Le chirurgien plastique avait déjà réalisé, sur le même patient, une première greffe totale du visage, en 2010, à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil sur ce patient atteint de neurofibromatose de type 1 (maladie de von Recklinghausen), une pathologie génétique qui lui a déformé le visage, aussi appelée «syndrome d’Elephant Man». L’intervention avait été un succès, comme il l’a raconté dans un livre paru en avril 2015 chez Flammarion, T’as vu le Monsieur? Mais hélas, la même année, à l’occasion d’un banal rhume, il est soigné par un antibiotique incompatible avec son traitement immunodépresseur, et en 2016, il commence à montrer des signes de rejet chronique. Le visage se dégrade.

A l’été 2017, il est à nouveau hospitalisé, et en novembre, son visage greffé, qui présente des zones de nécrose, doit lui être retiré. L’horreur. Il reste deux mois «sans visage», en réanimation à Pompidou, le temps que l’Agence française de la biomédecine signale un donneur compatible. Des moments évidemment très difficiles à vivre, avec un faciès d’écorché vif, stricto sensu. «L’ensemble était totalement détruit et nécrotique, avec un danger vital. Donc il a fallu tout enlever», confiait le chirurgien il y a un mois à RTL.

«Avec les conséquences que l’on peut imaginer: pas de face, les yeux fermés, pas d’oreilles, ne pas pouvoir parler pendant trois mois.» Mais à cas exceptionnel, patient exceptionnel. Toute l’équipe «a été époustouflée par le courage de Jérôme, sa volonté, sa force de caractère dans une situation tragique. Parce qu’il est alors dans l’attente, et que jamais il ne s’est plaint. Il était même plutôt de bonne humeur», a raconté à la presse son anesthésiste-réanimateur.

Le donneur de visage sera finalement un jeune homme de 22 ans, décédé à plusieurs centaines de kilomètres de Paris. Le Dr Lantieri l’apprend un dimanche soir, le 14 janvier 2018, ce qui déclenche une grosse opération logistique. Il faut d’abord prélever ce visage dans la journée du lundi. Puis le transporter le plus rapidement possible, par la route, vers Georges-Pompidou. En collaboration avec l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), une technique révolutionnaire a été employée pour la conservation du greffon: en plus d’être plongé dans un soluté classique, il a bénéficié des propriétés de l’hémoglobine de ver marin pour retenir l’oxygène.

Jérôme Hamon entre alors au bloc opératoire le lundi 15 janvier, à la mi-journée. «Vers midi, l’équipe effectue les travaux nécessaires au niveau du receveur: préparer les vaisseaux et les nerfs, pour qu’on puisse ensuite effectuer la transplantation», raconte le médecin. Ensuite, il s’est agi de poser délicatement ce «masque», en le reliant à tout ce qui fait l’anatomie complexe de la tête. Très vite, l’équipe constate que le greffon montre des signes de vie encourageants, en se colorant.

«D’un point de vue chirurgical», cette opération se révélait «très délicate, bien plus encore que pour une première greffe, car les tissus étaient très abîmés par le rejet du premier greffon», précise France Inter. Et «d’un point de vue médical», il s’agissait également d’une prouesse, car le patient avait «développé énormément d’anticorps». «Il a donc fallu lui […] lui retirer le plasma pour enlever ces anticorps et éviter qu’il ne rejette le deuxième greffon.» Puis «lui administrer aussi de puissants antirejet qui ne sont pas sans effets secondaires».

Une opération «hors normes»

Jérôme ressortira du bloc le mardi en fin de matinée, au terme d’une opération hors normes. Elle fera l’objet d’une fuite dans la presse quelques jours plus tard, mais répond à une question jusqu’alors sans réponse dans la recherche: peut-on refaire une greffe du visage? «Oui, on peut retransplanter, et voilà ce qu’on obtient», explique Laurent Lantieri.

Trois mois après, donc, c’est une «leçon de courage» qu’a vu Le Parisien dans cette histoire à la fois émouvante et extraordinaire. «J’ai un nouveau visage, certes, mais c’est mon visage!» s’exclame Jérôme. «S’il ne lui permet pas encore de sourire, ses yeux bleus intenses le font pour lui. Malgré la fatigue, […] le miraculé, articule chaque mot, d’une voix à peine audible. […] Traits figés, silhouette flottante sous un sweat gris, l’homme, impassible, écoute longuement» le récit de son médecin.

La question de l’identité

D’ici le mois de juillet, poursuit Le Parisien, «les expressions renaîtront sur son visage. Il pourra rire et sourire. Parvient-il aujourd’hui à se reconnaître dans le miroir? A accepter son nouveau reflet? Cette greffe pose, effectivement, la question de l’identité.» Mais lui considère que son «vrai visage», c’est celui qu’il «accepte». Et à propos de son jeune donneur, qui n’avait que 22 ans, il plaisante même: «On me dit que j’ai rajeuni!»

Il y a eu 40 greffes du visage dans le monde depuis la première, celle de la Française Isabelle Dinoire en 2005, décédée onze ans plus tard à cause d’une récidive tumorale. Partielles ou totales, elles se sont multipliées depuis treize ans mais restent des entreprises délicates et exceptionnelles par leur technicité et les risques de complication, malgré l’efficacité des traitements antirejet.


Lire aussi:

Isabelle Dinoire, Un nouveau visage pour «une vie normale» (07.02.2006)

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