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Greta et l’empire du soleil vert

En Suède, Greta Thunberg a lancé un mouvement international. En Chine, une superproduction parle de la nécessité de dévier la Terre de son orbite. Bienvenue dans l’ère de l’anthropocène

Si j’étais scénariste, je m’intéresserais de près à Greta Thunberg. Il y a dans l’histoire de cette jeune Suédoise la promesse d’un beau et édifiant récit d’émancipation. Ou comment une ado de 16 ans a réussi, après avoir décidé de sécher les cours chaque vendredi pour exhorter le parlement de son pays à respecter son engagement de réduire les émissions de gaz à effet de serre, à initier un mouvement international; à éveiller les consciences d’une jeunesse s’accordant à dire que l’avenir de la Terre est sombre, mais adorant dans le même temps se donner rendez-vous dans des enseignes globalisées. Non pas afin de philosopher sur la nécessité de critiquer la raison pure, mais pour alimenter un peu plus encore les réseaux déjà surchargés que dirigent des multinationales pour qui Descartes aurait plutôt dû affirmer: «Je consomme, donc je suis.»

Rencontre avec Greta Thunberg: «Les adultes se sentent coupables quand un enfant leur dit qu’ils volent son futur»

Le cinéma s’intéressera-t-il à Greta Thunberg? Cela ne fait aucun doute. Car le cinéma aime les histoires de personnes ordinaires se révélant extraordinaires. Et il aime, aussi, s’emparer des enjeux environnementaux. En 1973, Richard Fleischer montrait le premier, dans Soleil vert, un monde menacé par un épuisement des ressources, conséquences de la surindustrialisation et de la surpopulation. Ce brûlot au final ahurissant sera prochainement projeté à l’enseigne des Rencontres 7e art Lausanne.

Cette question de l’implosion de la Terre est devenue emblématique du cinéma de science-fiction et fantastique. En début d’année encore, en apprenant via l’Agence France-Presse qu’un film tourné en Sibérie parlait de la libération, à cause du réchauffement climatique, d’un virus caché dans le permafrost, je me disais que décidément, l’ère de l’anthropocène avait une sacrée emprise sur le cinéma postapocalyptique. Et cette semaine, une autre dépêche signalait au monde occidental que la superproduction The Wandering Earth était en train de s’imposer comme un des plus gros succès de l’histoire du cinéma chinois.

Adapté d’un best-seller de Liu Cixin, le film parle d’un projet consistant tout naturellement à dévier notre planète de son orbite afin de l’éloigner de la menace d’un Soleil agonisant. Si l'on ne peut pas trouver refuge sur un autre astre, quittons notre Système solaire, voire notre galaxie. Logique, mais je ne vais pas demander à Greta Thunberg ce qu’elle en pense. Que les spectateurs chinois – qui vivent quand même dans le pays le plus pollueur du monde – aillent voir en masse The Wandering Earth est en revanche peut-être le début du commencement d’un éveil des consciences. Je reste positif, donc je suis.


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