éditorial

Quand Greta Thunberg révèle le cynisme écologique en France

ÉDITORIAL. Après avoir reçu le Prix Liberté à Caen, la jeune activiste suédoise doit participer ce mardi à un débat sur le réchauffement climatique à l’Assemblée nationale française. Une présence immédiatement dénoncée par tous ceux qui considèrent avant tout l’écologie comme un butin politique à faire fructifier… sans rien changer

Ainsi donc, Greta Thunberg serait un «gourou apocalyptique» que les députés français auraient mieux fait de ne pas inviter ce mardi à leur débat sur l’urgence climatique?

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L’accusation, portée par un jeune dirigeant de la droite française (laminée aux européennes) et entonnée par le Rassemblement national de Marine Le Pen, a pour but de discréditer l’action de la jeune activiste suédoise. Haro sur ses 16 ans (elle est née en janvier 2003). Haro sur l’engouement médiatique dont elle bénéficie. Haro sur ses récompenses, tel le Prix Liberté que la région Normandie vient de lui décerner. Et haro sur sa démarche, basée sur la mobilisation de la jeunesse grâce à des slogans et images chocs. En clair: que Greta, critiquée aussi en raison de son caractère jusqu’au-boutiste (elle souffre du syndrome d’Asperger), retourne à ses études et laisse les politiques dialoguer avec les vrais experts…

Cette charge pourrait apparaître, au premier abord, comme une saine réaction à une notoriété soudaine et au risque de voir l’enjeu écologique être caricaturé par de jeunes militants pressés et incompétents. Soit. Sauf qu’en France, cette avalanche de critiques révèle une autre réalité: celle d’une classe politique toujours incapable d’appréhender autrement la transition vers une économie décarbonée que comme un enjeu de pouvoir.

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A chaque fois que des personnalités issues de la société civile ont commencé à secouer l’opinion et à mettre en porte-à-faux élus et ministres, le même engrenage fatal s’est enclenché, y compris au sein des Verts. En témoigne l’exemple du ministre démissionnaire Nicolas Hulot, débarqué en politique et en écologie via ses émissions de télévision et rejeté par ceux-ci comme candidat à la présidentielle 2012, malgré sa popularité.

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Cette attitude a un nom: le cynisme. Et elle porte en germe un danger: celui de ne pas comprendre que, derrière le beau succès électoral des écologistes aux européennes (13,47%), se cache une volonté, surtout chez les jeunes, de changer à la fois de braquet et de système. Greta Thunberg n’est ni une sainte ni un symbole. Son parcours mérite examen. Mais le fait est que sa voix porte, et que l’urgence climatique façonnera le monde dans lequel les adolescents vont grandir. Face au rouleau compresseur des conservatismes économiques et aux difficultés de réfléchir à l'avenir énergétique dans une France verrouillée par le lobby du nucléaire, la discréditer revient à se moquer du tremblement de terre générationnel à l’œuvre.

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