ÉDITORIAL

Grève du 14 juin: exiger ensemble l’égalité finira par payer

EDITORIAL. Le 14 juin, la grève des femmes remettra les inégalités sous le feu des projecteurs. Une occasion à ne pas rater pour être, enfin, entendues. Avant cela, rendons hommage aux manifestations de 1991 qui avaient accéléré le changement

Vous êtes une femme. Au bureau, au foyer, au chômage ou au parlement. D’ici ou d’ailleurs, en skateboard ou en fauteuil roulant, de gauche, de droite: peu importe. Vous êtes «devenue» femme, dirait Simone de Beauvoir, et peut-être suivrez-vous la mobilisation nationale du 14 juin prochain pour exiger la fin du patriarcat.

Peut-être même étiez-vous déjà là, il y a vingt-huit ans, lors de la grève féministe du 14 juin 1991, au milieu des 500 000 personnes qui ont déferlé à travers la Suisse pour réclamer des droits. L’application dans la vraie vie de l’article sur l’égalité des sexes, pourtant inscrit dans la Constitution dès 1981, c’est à ces manifestantes qu’on la doit. Cette grève ras-le-bol avait servi d’étincelle, menant, enfin, aux actes. Qui s’en souvient?

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Depuis, du chemin a été parcouru, certains diront même qu’«on ne parle que d’égalité». Mais dans les faits? Celles et ceux qui croyaient la cause acquise ont déchanté. Le ras-le-bol est toujours là, tout comme les «boys clubs», les discriminations, les féminicides, les harceleurs. Depuis l’affaire Weinstein, ce ras-le-bol enfle collectivement, de la vague violette #NousToutes à la mise à pied de membres de la Ligue du LOL. On le voit, on le sent, la prise de conscience grandit, se pare de pussyhats et s’empare de mégaphones. Les avancées sont réelles. Les «midterms» aux Etats-Unis et les dernières élections à Zurich ont installé des parlements plus féminins que jamais. Quand elles unissent leurs voix, les femmes sont audibles. La force de ce renouveau vient d’une sororité décisive, mais aussi de ses alliés.

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Vous êtes un homme. Au bureau, au foyer, au chômage ou au parlement. D’ici ou d’ailleurs, de gauche, de droite: peu importe – le changement ne peut pas se faire sans vous. Peut-être vous demandez-vous comment faire bouger les lignes. Un premier pas: vous sentir concerné par toutes les problématiques que la grève qui aura lieu dans trois mois soulève. De quoi ces inégalités persistantes sont-elles le symptôme? Quels modèles doivent être remis en question pour équilibrer les rapports de pouvoir? Voilà quelques-unes des questions que nous tenterons d’explorer chaque semaine jusqu’au 14 juin, en commençant par un retour sur la mobilisation sans précédent d’il y a vingt-huit ans. Parce que les médias ont un rôle déterminant à jouer, en attendant une nouvelle étincelle.

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