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Gare de Lyon, à Paris, ce 4 avril 2018: les TGV paralysés.
© Christophe Simon/AFP

Revue de presse

La grève des cheminots, est-ce encore «cette France qui se la coule douce»?

Les médias regardent les errements de la SNCF comme le dernier soupir de la vache sacrée du mouvement ouvrier français. Mais ils ne sont pas sûrs que la réforme voulue par Emmanuel Macron se fasse vraiment, même s’ils l’estiment nécessaire

Selon des estimations à la louche, seul un TGV sur sept et un train régional sur cinq circulaient ce mercredi en France. De quoi pavoiser pour le quotidien communiste italien Il Manifesto – cité par Courrier international – qui salue ainsi le succès de la mobilisation contre les réformes du gouvernement Philippe, préparant l’ouverture à la concurrence pour la SNCF.

Si la France est bloquée, c’est que «Macron déraille», titre-t-il à la une, après le premier épisode de cette grève très suivie par les personnels indispensables à la circulation des trains. Celle-ci doit normalement s’achever ce jeudi matin, avec le retour progressif à la normale d’un trafic très, très perturbé pendant deux jours. «Le président sortira-t-il indemne de cette épreuve de force?» se demande le site Eurotopics, qui a parcouru les éditoriaux de la presse européenne hors Hexagone.

Lire aussi: Les articles du «Temps» sur le même sujet

La Süddeutsche Zeitung craint surtout un effet «boule de neige» en prétendant que «derrière la stratégie de Macron, il y a l’idée répandue dans son pays selon laquelle, en début de mandat, le président devrait imposer son leadership». Mais pour le quotidien bavarois, ce «réflexe» de mener «la mère de toutes les batailles» constitue une relation «archaïque» à l’autorité. Ainsi, «il n’est pas exclu que la refonte de la SNCF échoue face à la mobilisation des cheminots – et que le président en ressorte affaibli, voire vaincu. D’autres réformes, moins controversées, seraient elles aussi bloquées.»

«Une pratique inique»

Le journal de Munich élargit aussi la problématique au niveau européen dans un autre article, en y voyant «une bonne nouvelle» pour tout le continent. Avec cette réforme, «la France s’ouvrira enfin au transport ferroviaire européen»: «L’UE en formule la demande depuis des années, mais jusqu’ici, tous les présidents français, de droite ou de gauche, savaient que les cheminots français n’étaient pas compétitifs en comparaison de leurs voisins européens. C’est pourquoi le pays protégeait son réseau ferroviaire public, tout en le laissant investir les réseaux d’autres pays de l’UE qui ouvraient leur marché, parmi lesquels l’Allemagne. Une pratique inique et contraire aux règles.»

«Treize semaines pour qu’il plie»

Mais attention, car si «les mouvements syndicaux contre les précédentes mesures de Macron avaient été jusqu’à présent timides et de courte durée», remarque l’agence américaine Bloomberg, «le rapport de force semble différent cette fois-ci». «Treize semaines pour faire plier» le président, ce n’est pas rien, renchérit le quotidien italien Il Giornale, qui souligne la «rage» et la force de «la réponse des cheminots» à un représentant de l’autorité suprême «qui se vantait de ne pas sentir de colère dans le pays».

Outre-Manche, où les Britanniques sont bien placés pour savoir de quoi l’on parle, on ricane un peu du fait que les syndicats français évoquent «la privatisation du rail britannique comme un exemple dissuasif». Mais la comparaison ne tient pas du tout, pour le Guardian, car le système du Royaume-Uni illustre «les dangers d’une privatisation sans réformes», alors que «celui de la France souligne les problèmes d’une compagnie publique sans réformes». Subtil, si l’on considère qu'«en réalité il ne s’agit pas de substituer un système à un autre, mais de les faire évoluer tous les deux»:

Même opinion dans le quotidien allemand de gauche Die Tageszeitung, pour lequel le débat porte quasiment sur l’identité française: «Dans ce conflit, il s’agit de défendre un symbole du modèle social […] et du service public auquel les Français tiennent particulièrement.» Attitude qui conduit à cette schizophrénie typique de nos voisins, qui semblent «à la fois soutenir les grévistes (comme ils l’ont toujours fait traditionnellement) et approuver les réformes économiques», se moque un peu The Economist.

L’ancien et le nouveau monde

La grande représentante de la presse libérale suisse alémanique, la Neue Zürcher Zeitung, est quant à elle ulcérée. De son point de vue, la «réforme s’imposait», vu les «privilèges» dont jouissent «la plupart des employés de la SNCF». «Dans leur forme actuelle», ils «sont indéfendables et injustes vis-à-vis des travailleurs d’autres secteurs. Il y a d’abord la garantie de l’emploi à vie. Puis des jours de congé supplémentaires, de telle sorte qu’un cheminot peut compter jusqu’à 50 jours de vacances par an.» Et de citer Les Echos, qui indiquaient récemment ceci:

Jusqu’en 2016, les conducteurs de train pouvaient partir à la retraite dès l’âge de 50 ans et les autres cheminots dès 55 ans

Le revoilà donc, cet «ancien monde», que fustige De Volkskrant, aux Pays-Bas, dans un très long article qui s’attaque aussi à ce fameux «statut des cheminots» qui «remonte aux années 1920» et qui «est devenu la vache sacrée du mouvement ouvrier français. D’innombrables responsables politiques s’y sont cassé les dents.» Certes, cette «situation juridique verrouillée protégeait les travailleurs», mais elle a fini par être «incompatible» selon Macron. Incompatible «avec le nouveau monde, qui requiert la flexibilité». Mais qui vide les quais des gares, prévient Le Devoir de Montréal:

Le Times de Londres y voit même une conjonction historique à l’approche du cinquantenaire de Mai 68, avec une photo très explicite de manifestants en présence de CRS. «La société française conservatrice d’après-guerre avait alors volé en éclats sous la pression des manifestations étudiantes et des grèves nationales, rappelle-t-il, et cédé la place à la prédominance des idées progressistes dans le domaine de l’éducation et des mœurs.» L’air de dire qu’il y a de nouveau «convergence des mouvements sociaux», entre SNCF, Air France, Carrefour, les éboueurs et France Télévisions.

Le quotidien El Mundo, lui, caricature et «espagnolise» le conflit en le résumant à «un match entre le président français et le dirigeant de la CGT, Philippe Martinez, le moustachu […] supporter du Barça qui veut enflammer la France». Pour ce journal très conservateur de Madrid, le fils de l’immigrée républicaine de Santander et de l’ouvrier résistant au franquisme est «un dur de dur». Les deux hommes ne céderont donc pas, «et cette bataille, comme souvent, se jouera sur le dos des citoyens».

Et après la bataille, alors? Selon le quotidien économique de Düsseldorf Der Handelsblatt, «si la réforme devait faire long feu, Macron ne serait plus ce héros flamboyant que tant de Français continuent à voir en lui». Et «au contraire, si la grève devait s’arrêter après quelques jours, il aurait alors un boulevard pour moderniser le pays». En attendant, l’Hexagone, si déboussolé, est-il en train de toucher le fond? Oui si l’on en croit le persifleur Spectator de Londres qui voit que tout bouge, mais que rien ne change:

«En 2015, des millions de Français ont regardé French Bashing, un documentaire télévisé qui cherchait à comprendre pourquoi ces horribles Anglo-Saxons étaient si odieux envers la France, et avec une telle constance. Toute la gamme des insultes et des stéréotypes historiques était analysée dans ce film d’une heure et demie.» Particulièrement «ces sempiternels clichés sur ce pays ingouvernable peuplé de gens qui se la coulent douce et descendent dans la rue à la moindre occasion»:

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