Opinion

Grève estudiantine et urgence écologique: un Janvier 2019?

OPINION. Dans quelle mesure la lutte collective naissante du 18 janvier annonce-t-elle une métamorphose susceptible de faire sauter les verrous d’un système écocidaire? s’interroge le professeur d’histoire Grégoire Gonin

En quoi le rassemblement en faveur du climat diffère-t-il d’autres mouvements sociaux? Au-delà du jeunisme béat et de l’âgisme déplacé, quel sens donner à l’opprobre jeté par d’aucuns sur les rêveries des promeneurs grégaires? Dans quelle mesure enfin la lutte collective naissante du 18 janvier annonce-t-elle une métamorphose susceptible de faire sauter les verrous d’un système écocidaire?

Un siècle après la grève générale, un demi après Mai 1968, l’intensité de la mobilisation nationale mais surtout romande a surpris jusques aux plus optimistes – la police lausannoise s’attendait à «plusieurs centaines» de participants. Et s’il fallait au contraire s’étonner de ce que pareille éruption n’advînt plus tôt? A écouter la puissance des propos de la jeune Fribourgeoise Romaine Baud au 19:30, à disséquer minutieusement les slogans dans les rues lausannoises renaissant soudainement à la sociabilité et au silence du «piétonnat», frappe en effet le degré de lucidité et de conscientisation d’une partie des millennials. «On sèche les cours, pas la planète», «Pas d’avenir sans décroissance», «Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé», «Neutralité suisse: et pour le CO2?», «Le climat en Berne», «L’océan s’élève, nous aussi»: autant de cris tout en gravité de la génération du Sur-Je (l’I-world) réunie dans une contagieuse ferveur dénonçant les méfaits de la nouvelle «Apocalypse joyeuse» néolibérale. Une parenthèse de l’hyperconsumérisme mortifère ouverte avec le baby-boom et la croissance des années 1950-1960 se refermerait-elle en pleine crise de la natalité et de l’explosion des inégalités?